Iron (melt) man

Road

En ce dimanche matin, j’ai un peu le moral dans les chaussettes : Juan parti sur Santiago, les filles vers Moron, je suis comme un con tout seul. C’est une facette de mon voyage que je n’ai pas encore vraiment expérimentée et en animal hyper social que je suis, j’appréhende un peu. Même si me retrouver en tête à tête avec moi-même (pour voir ce que j’ai dans le bidon) fait clairement partie des nombreux « objectifs » de ce périple.

Je suis dans mon petit lit, je tourne en rond ; je repense aussi à la veille au soir quand mes hôtes (j’ai changé de casa depuis 48 heures) m’ont littéralement forcé la main pour dîner (Et donc raquer). De manière globale, le rapport des Cubains aux touristes et à l’argent commence à me gaver. Je comprends évidemment le gap qui existe entre nos niveaux de vie, mais H24, le sentiment d’être un distributeur de billets sur tongs est usant … Et ça fausse évidemment les rapports humains (j’ai dit « humains », les rapports).

Quand je commence gamberger comme ça, à me sentir pouloulou, le seul remède pour moi, c’est la cocke le sport. À vrai dire, c’est une activité qui me manque cruellement. On ne passe pas impunément de 10 heures par semaine à pas-beaucoup-par-jour. En résumé, je ne me sens pas assez « physiquement » fatigué. CQFD. Je me lève, je m’habille, j’attrape mon sac, je sors. Ni une ni deux, une petite idée vient de germer dans ma caboche : je vais aller à pieds jusqu’à Playa Ancon, à 12 km de là.

Il n’est que 9 heures mais le soleil tape déjà de plus belle. Je cherche ma bouteille d’eau. Oubliée. Ma casquette. Oubliée. En mode malin-le-gars. Sans compter que la route sur laquelle je déambule ne comporte pas un pet’ d’ombre. Heureusement, j’ai ma crème solaire.

Casilda

La première étape de mon road trip est située à 6 km au sud de Trinidad : Casilda, petit village de pêcheurs, peut se prévaloir d’un charme authentique. Traversé par une voie ferrée digne d’un bon vieux western, il est très animé en ce dimanche matin. Je suis le seul gringo à l’horizon et aux différentes propositions « taxi » qui me sont faites, je réponds inlassablement : « Me gusta caminar » en pointant mes pieds du doigt. Moult regards circonspects. Je n’ai pas l’impression que les cubains soient très portés sur la marche.

Man

Les quelques 4 kms qui suivent ? Route, route et un peu de route aussi. C’est dur, je commence à sentir les bienfaits de l’effort physique. Je sais que la mer est au bout et je ne peux m’empêcher de penser que je suis la parfaite illustration du judéo-chrétien de base. Il faut que j’en chie un peu pour apprécier. Là-dessus aussi, je crois qu’on ne se refait pas.

Route

 

Ca fait 2 grosses heures que je marche et j’aperçois enfin un petit reflet bleu au loin. Shahrazade, ne vois tu rien venir ? « Bah y ‘a bien la mer et ce petit bar, avec ses cahutes, pour te mettre à l’abri pauvre truffe qui a tout oublié ce matin » … Viele Danken, j’y cours, un peu d’ombre me fera effectivement du bien et puis … Oh bordel :

Mer

 

Sans vouloir verser dans le grandiloquent, c’est le genre de vision qui vous laisse un peu sur le popotin. Contrairement à ce que nous avions cru le premier jour avec Juan, la plage n’est pas vraiment fréquentée et le décor est paradisiaque. Tout ça combiné à la chaleur, j’ai l’impression que le temps passe à deux à l’heure. Je m’achète une bouteille d’eau et noircis une bonne dizaine de pages de mon Moleskine rouge (merci Amandine). Des « pensées » qui feront bien rigoler mes p’tits p’tits fillots dans 60 ans, quand ils retrouveront les carnets de voyage de leur papi.

Après une bonne heure « contemplative », je me remets (péniblement) en route et décide par curiosité d’aller jeter un petit coup d’œil au complexe hôtelier dont je distingue les prémices au loin (distance estimée avec mon viseur laser: 2092 m. Easy). Je me prends à envier les quelques touristes qui dévorent leur déjeuner au restaurant de la piscine. Ça sent foutrement bon, mon estomac gargouille, et j’ai envie de braquer la mamie qui passe un instant devant moi : ses bracelets ostentatoires ne me seraient d’aucune utilité mais celui prouvant qu’elle a droit au « all-inclusive », oui. Comme je suis un bon gars, je me contente finalement d’un sourire poli.

Pour le retour, deux options s’offrent à moi : le même chemin que le matin, 12 km sans possibilité intermédiaire de restauration. Ou gagner dans un premier temps la Boca, distante de 6 km, pour y quérir quelque pitance. Réponse B, Jean-Pierre ! C’est donc reparti et au contraire de la matinée, je ne rigole plus du tout. Il est 14 h, le soleil est au plus haut, je suis au plus bas : hypoglycémie. Des pensées masos traversent mon esprit : bœuf bourguignon, tomate mozarella … Les seuls êtres vivants que je croise : une dizaine de vaches qui pâturent tranquillement. Nouvel instant d’hésitation : j’ai mon couteau multifonction sur moi. Je suis un bon gars et me contente d’un sourire poli. Je souris même aux vaches tellement je suis à l’ouest.

Paradoxalement, j’avance vite et j’aperçois déjà les premières maisons de la Boca. Tel Atila préparant son entrée triomphale dans quelque village d’Europe centrale, je me redresse et m’apprête à procéder au carnage du siècle : le premier commerce « alimentaire » qui me passe sous le nez, je me le fais. Manque de bol, c’est un établissement « typiquement cubain » où l’élément le plus nutritif que je puisse trouver est un bouillon cube Magi (que je n’aie de toute façon pas les moyens de me payer).

Heureusement, quelques mètres plus loin, mes yeux plissés distinguent une cafétaria. Je tiens mon oasis. Je ne consulte même pas la carte, convaincu d’y trouver mon bonheur : un sandwich « jamon y queso ». Indeed. C’est littéralement le meilleur repas du siècle : pain croustillant (tout juste sorti du four), jambon parfumé (le cochon a vécu une vie longue et heureuse), fromage goûtu (parfaite symbiose entre douceur et caractère).

 

Bocadillo

Ok, je le survends. Mais sur l’instant, c’est l’effet que ça me fait.

Une autre heure à lézarder en bord de plage. À laisser vaquer mon esprit à …ZZZzzzzZZZ … Rien du tout, même moi parfois je débranche. Je m’endors sans autre forme de procès.

La dernière partie du trajet, je la connais déjà pour l’avoir effectuée avec Juan. 6 km vers Trinidad. Restauré, hydraté, reposé, je l’avale tambours battant. Vers 17 heures, après une boucle de 26 km au total, je pousse (enfin) la porte de ma casa. Mes pensées tristounettes du matin ont depuis longtemps pris la poudre d’escampette.

J’aime marcher.

Mais je ne vais sûrement pas me remettre en route pour les rattraper.

2 Comments on “Iron (melt) man”

  1. Hélène Says:

    You’re poor lonesome cowboy!…
    o estas el vaquero pobre solitario…(traduction approximative, j’en suis consciente)
    Mais non, on pense à toi!! bizz

  2. Sammy DS Says:

    Le CMG doit bien te manquer