Barù (d’honneur)

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Le Barù, comme je le soulignais dans mon billet précédent, est le point culminant du Panama avec 3478 mètres. Plusieurs pistes permettent d’accéder à son sommet et c’est par la face est, celle qui part de Boquete, que Christian, Brett et moi décidons de nous y attaquer. Récit.

Jeudi, 22h00 : Afin de profiter du lever de soleil, nous ferons l’ascension de nuit. Les 14 kilomètres sont censés s’avaler en 5 heures. Dans une heure, un taxi nous emmènera à l’entrée du parc national qui garantit la protection de notre ennemi du jour. Brett et Christian font un petit somme préparatoire. Je m’impose la stratégie contraire. Au regard de mon état de fatigue, si je ferme les yeux maintenant, c’est mort, je me réveille dans deux jours. Je vérifie une dernière fois mon sac : eau, bananes, gâteaux secs, goretex, polaire, trousse de sécu de base. Paré au  décollage capitaine. Ah merde, ma lampe torche.

22h40 : Il pleut à verse. J’en viens à me demander si nous allons pouvoir effectuer notre petit périple. La pluie s’arrête. Re-merde.

23h20 : Après 20 mn de route, nous voici à l’entrée du parc. Nous cherchons en vain le “ranger” afin de nous acquitter du droit d’entrée mais il n’y a pas âme qui vive. Il fait nuit noire et je mouline comme un dingue sur ma lampe à dynamo pour voir où je mets les pieds.

23h30 : Nous nous mettons en marche. Il me faut environ 22 mètres pour comprendre que je vais en baver. Brett mène la danse sur un rythme élevé. Dans un anglais essoufflé, je lui demande ce qu’il fait dans la vie. “Je travaille pour une compagnie de sécurité privée en Irak”. Bien, certain qu’il n’a pas la condition physique maintenant. “Et toi Chris, tu trekkes souvent” ?”. “Yawohl, j’adore ça. Ich habe grimpé le mont Kenya l’année dernière”. J’suis foutu.

23h31 : J’ai faim.

Vendredi, 00h00 : Le chemin est sacrément pentu. Pour corser l’affaire, il est en majeure partie constitué de blocs de pierre. Ce qui oblige à jouer les équilibristes pour ne pas repartir avec une cheville cassée. Dans le noir, trop facile.

00h15 : 1ère pause. Un panneau indicateur vient de nous saper le moral, nous avons tout juste parcouru 3 km. C’te blague. Je m’avale deux bananes, un paquet de gâteaux et rajoute de l’eau pour faire gonfler. Mon sac me parait plus léger mais je suis définitivement plus lourd. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. La loi de Lavoisier, appliquée à l’alimentation.

1h00 : Quelques lampes frontales s’agitent devant nous. Nous ne sommes pas seuls. Un “J’en ai ras le cul” bien sonore déchire la nuit noire. Chic, des compatriotes.

1h30 : Nous avons fait la moitié du boulot. Je fais une petite photo souvenir. On ne voit rien. J’efface la photo.

2h00 : Je ne sais pas si ce sont les prémices de l’altitude qui commencent à se faire sentir, la difficulté de l’effort, mon état de fatigue général ou un savant mélange des trois mais je ne suis  pas au top. J’ai la tête qui tourne et une sévère envie de vomir, je marche en zigzag. Bref, j’ai l’impression de sortir de soirée.

3h00 : Sur un bon kilomètre, la piste redescend. Je n’ose y croire et commence à me demander si l’on ne s’est pas planté de chemin. Ça serait la meilleure de l’année celle là.

3h30 : K 11. Cela fait maintenant quelques temps que nous apercevons la lumière des antennes radiophoniques implantées au sommet du Barù. Insectes de nuit en chaussures de rando, nous ne la perdons pas de vue.

4h00 : La flamme rouge. Nous venons de dépasser le campesino où quelques tentes nous ont confirmé la présence de “petits joueurs” : des personnes ayant fait l’ascension en journée et décidé de camper à proximité du sommet pour fractionner le efforts montée / descente.

4h15 : Après 5h15 d’effort, nous posons enfin nos sacs. Heureux mais vidé, je n’aspire qu’à dormir. Il fait un froid glacial et je regrette de ne pas m’être plus chaudement vêtu. Peu convaincu de l’utilité de sa couverture de survie, Christian me la cède. Une bonne heure et demie à patienter avant le lever du soleil. J’aurais dû emmener un Uno.

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5h45 : Le jour commence à se lever et … Et ouais, franchement c’est beau. La lumière et irréelle, nous découvrons peu à peu les cratères inactifs du volcan et l’ensemble du paysage qui nous entoure.

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8h00 : Après une multitude de photos souvenir, nous nous remettons péniblement en route. C’est un paradoxe bien connu de la marche en montagne, mais la descente est quasiment plus difficile que la montée. Les genoux souffrent et les pierres glissantes sont un vrai cauchemar. Le vrai bonheur c’est de découvrir le paysage que nous avons traversé cette nuit.

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11h30 : Fin de la descente. Je n’aurais jamais soupçonné que le parcours fût aussi difficile et je suis vraiment content d’en finir, tout comme mes partenaires de jeu. Nous rentrons à l’hostal, complètement lessivés (au contraire de nos fringues pour qui c’est la prochaine étape). Après une bonne douche, je file sous la couette. Demain, repos to-tal !

Ps: En fait, nous ne sommes pas 3 mais 4 à avoir effectué ensemble la montée … Je vous présente le mousquetaire caché dans un prochain post !

9 Comments on “Barù (d’honneur)”

  1. Coco Says:

    Bravo! Ça a du être magnifique!!! Gros bisous et bon épis :)

  2. Hélène Says:

    Félicitations! un vrai baroudeur…
    ça fait plaisir de voir des photos de toi…

  3. Francois Says:

    super t as la tete dans les nuages :)

  4. pauline Says:

    kiff kiff la vie !!

  5. Marie Says:

    Wahh, super courageux! Bonne suite de périple! :o)

  6. juliasvoice Says:

    Toujours aussi agréable de te lire!
    Quel aventurier… !

  7. Frederic barre Says:

    Salut le globe trotter. Un salut des antipodes , d’un voyageur (ephemere) a un autre …
    Nous venons de gravir le piton de la fournaise sur l ile de la réunion : 5h de rando dans la caillasse volcanique… Magnifique. On a pas pris Charlie qui est restée sous bonne garde au bord de la mer ( super les nounous créoles).
    Bref bonne continuation pour ton périple: j ai commencé a lire ton blog avec grand intérêt.
    Biz, demain on part randonner dans un cirque de l’ile : 2 jours de marche…. C’est tout moi de faire du sport intensif…
    Fred

  8. Nathalie Pessel Says:

    C’est mââââgnifique!! Les fans du Club Med Gym de Palais Royal seraient admiratifs ;)
    Bravo en fait de réaliser ainsi ton rêve… et merci pour le voyage par photos et mots interposés.
    Je fais figure de petite joueuse à côté, allant “seulement” à New York dans 10 jours. Niveau marche, ce n’est rien à côté du Baru… à moins que je mette des Jimmy Choo pour corser l’affaire comme dans “Sex and the city” mais nan, je suis plus baskets…
    Bonne suite dans tes aventures!
    Lili