Voir Pucón et puis dormir

Samedi 10 novembre 2012

Lorsque j’émerge difficilement de ma nuit de sommeil, il est à peine 7 heures en ce samedi 10 novembre de l’an 2012 de l’ère chrétienne (catholique et apostolique, aaaaaaaameeeeeeeen) : je me trouve encore dans le bus pour Pucón, à 800 km au sud de Santiago du Chili.

La veille au soir, j’ai quitté Valparaiso sous une pluie fine mais c’est un grand soleil qui accueille les premiers clignements de mes paupières fatiguées (je suis lyrique mais je me soigne). Et quand mes yeux regagnent enfin les dixièmes nécessaires à une vision nette, je découvre la terreur du coin, le Rocky Balboa de la montagne, gants blancs, culotte blanche : le Villarrica, un des volcans les plus actifs d’Amérique du sud dont la dernière éruption remonte à 2009. Son ascension constitue l’une des attractions majeures de la région. Ah ah même pas peur. Bon un peu quand même.

Le Villarrica, c’est un peu comme la Joconde : où que vous alliez, il vous suit des yeux. Il faut dire qu’avec ses 2847 mètres au garrot, il domine outrageusement Pucón que je traverse pour rejoindre le “Paradise”, mon auberge dont le nom me fait à posteriori plus penser à une boîte de strip-tease qu’à un hostel.

Mon premier contact avec mon nouveau refuge n’a d’ailleurs rien d’édénique. Je suis accueilli par une anglaise (beaucoup d'”étrangers” travaillent dans les auberges en échange du logement gratuit) à l’haleine chargée : mi tabac, mi alcool, mi nourriture chinoise bon marché (je sais, y’a trop de “mi”). Pour compléter le tableau, lorsque je lui explique en espagnol que j’ai une réservation pour quelques jours etc etc, bref le laïus habituel, c’est en anglais qu’elle me répond. Mille milliards de mille sabords de saperlipopette.

Soyons clairs, il ne s’agit pas d’affirmer qu’il faut parler couramment la langue des pays dans lesquels on voyage, on ne s’en sortirait pas. Mais quand même, l’Espagnol, ce n’est pas non plus le Mandarin : maîtriser quelques bases ne demande pas un effort intellectuel surhumain. Et puis ça me paraît un minimum, voire une question de respect, d’essayer. Quitte à re-basculer ensuite dans la langue de Shakespeare. Fin de la parenthèse chafouine.

Mon sac à dos posé, je m’en vais à la découverte de Pucón. La ville, quoi qu’agréable, n’a rien de particulier. Ses “chalets en bois” lui donnent de vrais airs de station de ski. Bordée par le superbe lac Villarrica, à proximité du volcan du même nom et de grands parcs nationaux, elle semble en mesure d’offrir pléthore de loisirs de plein air. Ce que confirment allégrement les vitrines des agences du centre ville : marche, vélo, ski, pêche, rafting. Il y en a pour tous les goûts, ce n’est pas encore cette fois ci que je vais m’ennuyer.

Pour le moment, je me “contente” de louer un vélo : une sacrée envie de me dégourdir les gambettes. On m’a conseillé un petit itinéraire facile dans les environs, je n’ai qu’à suivre le tracé et de toute façon, j’ai une carte de la région.

Au bout de 10 minutes, ça va de soi, je suis totalement perdu. C’est une des choses que j’ai appris à accepter : je suis à l’orientation ce que la pizza surgelée est à la cuisine italienne. Pour arriver sans encombre d’un point A à un point B, il me faudrait un service dédié à la DDE et des panneaux personnalisés : “Par ici Fabien” , “Courage mec”, “Fais demi tour boulet”. L’avantage avec tout ça, c’est que je fais constamment d’agréables découvertes, comme cette fois-ci lorsque je finis par émerger du petit chemin de terre sur lequel je me suis engagé au flair pif.

Bucolique n’est ce pas ?

Un petit coup d’oeil sur ma carte : je finis par supputer, dans une inspiration Sherlock Homesienne, que je suis arrivé aux abords du Rio Trancura. En remontant ce dernier, je devrais échouer (au sens propre du terme) sur la rive du lac Villarica et par conséquent, arriver à Pucón. Elementaire. Ou pas.

Le chemin devient de moins en moins praticable – une espèce de gravier dans lequel il est très dur de pédaler – et les seuls êtres qui y évoluent apparemment sans encombre sont quelques bovins,

et un autre type de bête de somme : des tri-athlètes en pleine épreuve de course à pied et qui me regardent d’un air ahuri comme si j’étais un concurrent égaré. Je ne suis pas long à mettre moi aussi pied à terre : si je distingue maintenant le lac (au moins, “je m’ai pas gouré”), il m’est désormais impossible d’enchaîner les tours de roue. Même pousser ma monture devient difficile et je finis par la mettre sur les épaules. Galérien un jour, galérien toujours :) !

4 heures pile poil après avoir commencé mon périple du jour, je rends mon tablier vélo et rentre à l’auberge. De manière très surprenante, c’est sans encombre que je m’endors en pensant déjà à mon expédition du lendemain.

Dimanche 11 novembre 2012

Au menu du jour, le parc national Huerquehue, 35 km au nord de Pucón. Cinq trails le parcourent et je choisis de m’attaquer au plus connu d’entre eux : le “Los Lagos”, qui permet de passer aux abords de 5 lacs différents, de chutes d’eau et d’avoir un aperçu de la faune et flore locales.

Une marche que j’effectue en solitaire ou presque : Charlie, solidement accroché à mon sac à dos, m’accompagne. Ce qui à la base n’était qu’un petit clin d’oeil s’avère un incroyable outil de communication. Je ne compte plus les personnes qui me saluent, hilares, en le reconnaissant, m’abordent, ou me demandent même de prendre une photo avec lui. Et oui, des fois, c’est aussi simple que ça.

Le parcours dans le parc s’avère plutôt physique. Seulement 9 km pour 6 heures de marche (dont la dernière … en courant !), ce qui vous laisse imaginer le niveau de difficulté. Comme c’est ma première grosse sortie trekking depuis bien longtemps, je suis bien heureux de constater que tout tient sans encombre.

Mozarella sur la tomate (ou cerise sur le gâteau si vous préférez le sucré), les paysages sont … incroyables. Je sais, j’ai une fâcheuse tendance à radoter ces derniers temps. Mais il faudrait être sacrément “blasé de la vie” (ouaiche cousin) pour ne pas s’émerveiller face à ça :

Lundi 12 novembre 2012

En ce lundi matin, dans la plus pure tradition familiale, je me retrouve de nouveau le popotin sur une selle de vélo. Allez savoir pourquoi, ce sport auquel j’étais plutôt réfractaire avant (même si j’ai toujours apprécié glander devant le tour de France au mois de juillet) m’attire de plus en plus.

Une fois les freins vérifiés (depuis ma gamelle de l’Île de Pâques, on ne m’y prend plus), me voilà lancé sur la route pour une sainte journée de pédalage. 300 mètres après le départ, j’ai déjà les cuisses en feu. Bah oui mais bon c’est quoi cette organisation aussi ! Ca ne fait que monter et le vent est contraire. Manquerait plus que je crève ! Et justement, je .. Non quand même pas, je n’ai pas la schcoumoune à ce point là.

Seul avantage (vous remarquerez à quel point je positive tout hein !), étant donnée la vitesse à laquelle j’avance, j’ai largement le temps de profiter du décor :

31 km plus tard, j’arrive à ma destination du jour, une succession de cascades appelées Salto Palguin, Salto La China, et Salto El Léon. Ce qui me frappe le plus tout d’abord, c’est que je suis … absolument seul. Pas un péquin (même à La China :)) en vue : c’est donc vraiment la saison parfaite puisqu’en plus du temps divin, aucun touriste ne vient troubler la tranquillité des lieux.

Tellement zénifié par ce qui m’entoure, je m’endors pendant une heure sur un banc. Pour seule musique de fond, le bruissement des feuilles, comme un murmure enchanteur qui … V’là que ça me reprend, sorry :)

Mardi 13 novembre 2012

Le réveil sonne à 5:00. C’est le grand jour aujourd’hui : je m’attaque au Villarrica ! Et je l’avoue, j’ai comme une petite boule au ventre : 4 heures d’ascension dans la neige, je n’ai jamais fait. Et puis ma dernière grimpette, le Baru au Panama (un volcan déjà !), avait eu des conséquences qu’on peut sobrement qualifier de fâcheuses. Alors, c’est sûrement très bête, mais j’appréhende un peu.

Pour m’accompagner, un anglais, Ben (mon frère de barbe, vous allez vite comprendre) et Pov, une américaine rencontrée l’avant veille.  A l’agence, nous récupérons nos tenues de combat : gants, casque, veste et pantalon imperméables, piolet. Armés jusqu’aux dents, nous nous rendons, en compagnie de notre guide, Alejandro, au pied de notre adversaire du jour.

Sur les premières minutes, je m’applique surtout à poser mes pas dans ceux de mon prédécesseur. La neige est incroyablement molle et l’on a vite fait de s’enfoncer jusqu’au genou. Malgré cela, lorsque Alejandro annonce la première pause, je suis presque surpris. Je suis totalement à l’aise physiquement parlant et je trouve l’effort à fournir beaucoup moins difficile que pendant mon trek dans le parc Huerquehue. Ce qui me laisse tout loisir pour profiter sereinement de la vue :

L’ascension continue sur un rythme régulier : ne voulant pas céder à l’euphorie, je reste sur mes gardes et continue à m’alimenter /boire régulièrement. Et à mettre de la crème solaire car mes amis, ça tapote sévère là haut !

Enfin, un peu avant les 4 heures prévues, une petite odeur de souffre se fait sentir : les fumerolles du Villarrica sont désormais bien visibles, nous arrivons au sommet. “Who’s laughing now mister Volcano, who’s laughing now ?”

Après une pause déjeuner bien méritée, nous attaquons la descente. Moment qui me vaudra une de mes plus grosses crises de rire depuis le début de cette aventure :

Mercredi 14 novembre 2012

En ce mercredi, je me lève péniblement : les efforts physiques consentis depuis 3 jours et demi, associés au manque de sommeil, commencent à se faire ressentir et je sais qu’un break de 24h est indispensable : je suis tout simplement sur les genoux. Chose qui ne m’arrive jamais, je dors une grande partie de la journée. Dans mes rêves, les images de mon séjour à Pucón défilent sans cesse. Des lagunes du parc Huerquehue à l’ascension du Villarrica, je termine là l’étape la plus intense de mon tour du monde. Et dès demain, je poursuis ma route.

Toujours plus vers le sud.

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6 Comments on “Voir Pucón et puis dormir”

  1. Ducharne Celine Says:

    Allez avoue !! sur ton velo tu as pensé à papa et maman …..

  2. Mum Says:

    C’est un rêve…! J’envie vraiment “Charlie” d’avoir pu se loger dans ton sac à dos et comme j’aimerais être à sa place! (soupir….) périple en vélo compris bien entendu. :-)) bizzzzous
    Mum

  3. Myl Says:

    Ca fait du bien une ptite vidéo de temps en temps :) l’étape pucon semblait adorable, alternant les sommet et les scène d’eau autour des lacs/cascades… lucky charlie :)

    • Fabien Says:

      Yep, Pucon a ete une etape geniale, d autant plus que totalement improvisee ! Et comme tu le soulignes, excellent combinaison de montagne et d eau !