Il n’y a que Chiang Mai qui m’aille

Vendredi 11 janvier 2013

Après qu’un taxi un peu fou (me demandant notamment combien « coûtait » une prostituée à Paris) m’ait fait traverser Chinatown, je me retrouve dans Bangkok, au bord de l’avenue Ratchadamnoen Klang, à attendre mon bus de nuit pour Chiang Maï.

Je suis passé par une agence de Khao San Road : le prix est imbattable et, tarama sur le blini, je n’ai pas à galérer pour rejoindre la station de bus du nord de la ville. Comme je peux encore le constater, mais cette fois de manière détachée, le trafic de fin de journée est en effet complètement dingue.

De nombreux groupes de backpackers convergent vers le point de rendez-vous, sous la houlette de locaux officiant pour les tours operators. C’est ainsi que je fais la connaissance de Je-ne-me-rappelle-plus-son-nom, un anglais de 24 ans voyageant pour 3 mois en Asie. Alors que nous sommes en train de converser, une partie de mon cerveau ne peut s’empêcher d’analyser la dynamique de nos échanges.

Car une 1ère discussion de backpackers, modulo quelques variantes purement linguistiques, ça ressemble toujours à ça :

– Hey
– Hey
– Tu viens d’où ?
– Je suis français, j’habite à Paris.
– Cool.
– Et toi ?
– Anglais. De Londres.
– Cool. Et t’es là depuis combien de temps ?
– En Thaïlande tu veux dire ?
– Ouais.
– 2 semaines.
– Cool. T’as été où ?
– 10 jours le sud, Ko Tao pour plonger, Ko Phi Phi puis 5 jours à Bangkok.
– Cool. Et il te reste combien de temps ?
– J’sais pas trop, une grosse semaine, ça va dépendre de mon budget et puis après Laos, Cambodge, on verra.
– Cool. Tu voyages pour longtemps alors ?
– Oui, 5 mois, 6 mois, après je rentre en Australie travailler
– Cool.
– Et toi ?

S’en suit une histoire similaire adaptée au profil de l’interlocuteur numéro 2.

Deux constats immédiats :

  • Le backpacker dit très souvent « cool » (ou « nice » en anglais), sans forcément avoir besoin de fumer un joint pour ça.
  • Le backpacker attend généralement une heure pour poser une autre question : « Au fait tu t’appelles ? »

Et comme vous l’aurez compris, c’est une information que j’ai tendance à oublier.

Bref…

Avec une heure de retard, notre bus arrive et c’est dans une joyeuse pagaille que nous y embarquons. Je m’installe au fond, à côté d’une trèèèèèèèèèèèèès charmante demoiselle (tant qu’à faire) qui commence aussitôt à discuter avec sa voisine de devant … en espagnol !

Intéressé, je lève la tête pour m’apercevoir que plusieurs visages se sont tournés pour suivre la conversation et même y participer.

En tout, 9 personnes.

9 filles.

9 Chiliennes.

Le paradis sur Terre ces bus Thaïlandais.

Samedi 12 janvier 2013

Alors que le jour n’a pas encore pointé le bout de son nez, nous arrivons à Chiang Maï, 800 km au nord de Bangkok.

Map

1ère constatation : ça pèle. Alors évidemment, c’est le petit matin, mais en comparaison de Bangkok à la même heure, ça fait un sacré choc. Je rejoins vite mon hostel et m’y repose deux heures : je n’ai pas pu dormir dans le bus la nuit précédente et ma charmante voisine n’y est absolument (ou malheureusement) pour rien.

Vers 12h00, je me lance dans mon exploration de la ville. Comme j’ai eu ma dose de temples et que je ne suis pas en train de chercher à battre le record du nombre de Buddhas vus en un mois, je me balade très tranquillement – et surtout très aléatoirement – dans les rues. Tout est tellement « petit » par rapport à Bangkok que j’ai le sentiment d’être dans un village Seine-et-Marnais (Bon, 174 000 habitants, il faut bien qu’ils soient quelque part cela dit).

Je profite du soleil sur l’un des canaux aux abords des remparts et décide quand même de me diriger vers Wat Chiang MaÏ, l’un des temples phares de la ville, à quelques minutes à pieds. C’est supposément le plus ancien édifice de ce type dans la cité historique, et la Rock Star internationale, cette fois, c’est un Buddha en cristal.

Cool.

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Tout en me restaurant, je jette ensuite un coup d’œil à mon Lonely Planet tout frais tout neuf pour constater qu’un autre des temples les plus célèbres de Thaïlande se situe à quelques encablures seulement de la ville. Ca serait balo de le manquer. Renseignements pris auprès d’un commerçant, je me dirige vers la station de taxis collectifs. Une voiture s’apprête justement à partir. A part moi, un couple (Elle, Lui) est en train d’attendre.

Je suis encore un peu dans le pâté à cause de mon trajet nocturne et je ne réalise pas tout de suite qu’afin de me ménager une place, le chauffeur du véhicule en partance vient de faire descendre un moine. Ce n’est que lorsque j’entends derrière moi une jeune voix féminine (Elle), lâcher, en bon Gaulois, un révolté « T’as vu il a fait descendre le moine ! », que je me réveille soudainement et indique au conducteur que je peux attendre la prochaine navette.

S’en suit alors le dialogue le plus surréaliste de mon voyage.

– Moi : Vous êtes français ?
– Lui : Ahhh t’es français aussi ?
– Moi : Oui, je préfère jouer la transparence, ça vous évitera de croire que vous pouvez m’insulter en toute impunité :)
– Lui : Ah ah. Et tu voyages seul ?
– Moi : Oui, ça va faire trois semaines que je suis en Thaïlande, je fais un tour du monde.
– Lui : Cool. Depuis combien de temps ?
– Moi : En cumulé, ça va faire six mois.
– Lui : Cool.
– Moi : Et vous ?
– Lui : Nous aussi on fait un tour du monde ! Mais on a commencé il y a une semaine seulement.
– Moi : Cool ! Welcome !
– Lui : Merci. Et tu viens d’où sinon ?
– Moi : Paris
– Lui : Ah ah. Et où à Paris ?
– Moi : J’ai beaucoup bougé mais dernièrement, 18ème.
– Lui : Ah ah. Et où 18ème ?
– Moi : Sérieux ? Métro Lamarck, rue Caulaincourt.
– Lui : Nous aussi, rue Francoeur, juste en face de l’école de ciné, tu connais ? (NDLR : 100m d’écart …)
– Moi : Bah oui un peu ! C’est dingue.
– Lui : Bon et tu fais quoi à Paris ?
– Moi : Du développement logiciel, en finance de marché.
– Lui : Quelle boîte ?
– Moi : C’est fini oui ! Ca va rien te dire, ça s’appelle Sungard.
– Lui : Tu connais Eric Asfaux ?
– Moi : Evidemment, c’est un de mes commerciaux !
– Lui : Et Semchs ?
– Moi : Carrément, on est devenu plutôt potes mêmes !
– Lui : Et bah ce sont juste deux de mes meilleurs amis
– …

Et voilà, comment au fin fond de la Thaïlande du Nord, à une station de taxis collectifs, je fais la connaissance de Michaël et de Virginie. Ce genre de rencontres à probabilité epsilonnienne, ça me rend complètement dingue. Et je ne suis pas le seul : Mickaël est extatique tout le long du trajet.

Wat Suthep, notre destination, domine la ville depuis une petite colline. Nous nous y promenons pendant près d’une heure, au milieu de très nombreux autres touristes et d’une quantité incroyable d’exemples d’art Lanna. Ca brille, il fait beau, on papote, what else.

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En soirée, nous nous offrons une petite séance de massages dispensés par… des non voyants, profitons du Saturday Market et dînons dans un excellent restaurant, accompagnant notre repas Thaï de deux bouteilles de vin français.

Aujourd’hui, je me sens vraiment à la maison.

Dimanche 13 janvier 2013

Mickaël et Virginie déjà repartis pour Bangkok afin d’attraper leur avion pour la Birmanie, je profite du Sunday Market où des centaines de stands en tout genre proposent fripes, souvenirs, nourriture et tout un tas de bricoles farfelues.

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Vers 18h, une musique grésillante se fait entendre via les haut-parleurs publics et les milliers de personnes présentes s’arrêtent de marcher ; quant à celles assises, elles se lèvent promptement.

C’est l’heure de l’hymne !

Il est diffusé deux fois par jour dans les lieux publics et les étrangers sont « cordialement » invités à montrer leur respect en partageant ce moment d’unité. C’est assez impressionnant de se retrouver au milieu d’une foule immobile – on dirait un concours géant de « 1 2 3 Soleil » – qui une fois l’hymne terminé reprend son mouvement général là où elle l’avait interrompu. Sur le coup, je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se passerait en France si une telle loi devait être mise en place. Il est probable que les bien pensants s’en indigneraient, comme si chanter son hymne signifiait de facto être fasciste.

En tout cas, les Thaï semblent eux incroyablement fiers de leur pays et de ce que j’ai pu en lire, ils ont leur roi en adoration. Funny fact : toute image du souverain est vénérée : ainsi, rattraper un billet (où figure la trombine royale) qui s’envole en mettant le pied dessus, est une grave erreur. Humecter un timbre, ouh là là, vous êtes fous.

Mais ça à la limite je comprends : c’est un crime de lèche-majesté (applaudissements).

Lundi 14 janvier 2013

Une bonne journée de glande que ce lundi ; je me contente de déménager d’hostel et loue pour deux nuits une chambre dans celui où résidaient précédemment Micka et Virginie.

Y’a une piscine.

Nice :)

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Mardi 15 janvier 2013

C’est mon dernier jour à Chiang Maï et mon dernier jour or so en Thaïlande. Dès demain, je me mets en route pour le Laos. Afin de fêter dignement la fin de cette étape marquante dans mon périple asiatique, je m’offre une journée « Elephant» à Maevang, une grosse heure en voiture de Chiang Maï.

La matinée est consacrée à une 1ère « prise de contact » avec les pachydermes, sous les conseils avisés de notre guide et des Mahuts, les « conducteurs » d’éléphants. Entre deux ou trois bananes (ils en gobent une quantité phénoménale), nous apprenons donc les différentes techniques pour monter, descendre, guider nos compagnons d’un jour. C’est incroyablement drôle et les éléphants semblent s’amuser autant que nous. Aucun doute qu’ils sont mieux traités ici que sur Ko Samui.

Dans l’après midi, nous partons « trekker » dans la forêt avec nos nouveaux meilleurs amis. J’ai la chance d’être l’unique voyageur solo du groupe, et je me retrouve donc avec une monture rien que pour moi : une mère, que son jeune éléphanteau ne lâche pas d’un pouce !

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Après une heure, tout ce beau monde, touristes, guides, éléphants, se retrouve dans une rivière avoisinante pour une bonne douche. Un moment absolument démentiel.

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Et sans doute l’expérience la plus authentique de mon séjour.

En soirée, je rejoins Mika et Libby, deux charmantes américaines (j’ai beaucoup de chance) rencontrées dans mon précédent hostel. Mon objectif : un tout petit verre pour dire au revoir avant une bonne nuit de sommeil.

Il est un peu plus de 5 heures du matin quand je pousse la porte de ma chambre : nous avons passé la soirée à danser, dans un quartier de Chiang Maï dont la densité de bars au mètre carré est proprement hallucinante. Et un peu comme lors de la Full Moon Party, je n’ai juste pas vu le temps passer.

A perfect last day.

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