La descente du Mékong

Mercredi 16 janvier 2013

Après une nuit bien trop courte, la sonnerie de mon réveil perce la brume de mon cerveau encore inconscient. Il est 9h et je n’ai pas vraiment le temps de continuer à rêvasser : dans une heure, je quitte Chiang Mai la douce.

Je m’extirpe de mon lit avec la célérité d’un invertébré faisant une crise d’hypoglycémie et commence à faire mon paquetage, tâche que les évènements nocturnes de la veille ont repoussé à ce matin. Heureusement, après bientôt 4 mois « on the road », c’est le genre de chose que je fais branché sur pilote automatique.

Vers 10h, je me retrouve dans un minibus en compagnie d’un équipage plutôt international, direction Chiang Khong (je sais, ça fait beaucoup de Chiang-QuelqueChose), poste frontière et dernière escale de mon séjour en Thaïlande. Pour opérer mon passage au Laos voisin, j’ai réservé un « package » complet de 3 jours / 2 nuits dont la partie la plus fun sera la descente en bateau d’une portion du mythique Mékong.

Chic chic chic.

Carte 1

Ecouteurs bien calés sur les oreilles, je me laisse bercer par la musique (le 1er à deviner ce que j’écoute gagne un fer à repasser) et malgré l’inconfort du van, je ne tarde pas à m’endormir. Mon sommeil est seulement interrompu par la visite « express » de Wat Rong Khun, un temple bouddhiste contemporain situé sur notre chemin, dans la ville de Chiang Rai. L’édifice sort franchement du lot et c’est plutôt rafraichissant !
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En milieu d’après midi, nous arrivons à destination. Notre hostel (enfin « notre » … Celui dont la nuit est compris dans le package) imite à la perfection le charme de ces motels miteux que l’on a coutume de voir dans les films américains (quand le méchant, en cavale, cherche un tantinet de réconfort sur un matelas usé où des milliers d’autres méchants de milliers d’autres films ont tenté de trouver un peu de repos avant lui). Pas vraiment perturbé – après tout, ce n’est que pour une nuit – je pars à la « découverte » de Chiang Khong avec Kyle, Australien et Patrick, Hollandais. Il ne nous faut pas 5 minutes pour comprendre que nous ne courrons aucun risque de débauche ce soir : la ville est laide à mourir et tous les magasins, bars ou restaurants sont fermés depuis 15h.

Rentrés à l’hostel, notre petit groupe se rassemble pour un apéro gentillet (alors que les propriétaires de l’auberge, tous membres de la même famille, sont déjà passablement saouls) au moment même où démarre le clou d’un spectacle pourtant déjà bien consistant : dans le réfectoire, des thaïlandais entament une session de Karakoé avec un talent qui me ferait aisément passer pour un petit chanteur à la croix de bois. Au bout de 10 minutes, un Suédois de l’équipe craque – il est vrai que les sons perçus se rapprochent plus de ceux émis par un cochon en train de se faire égorger au couteau à beurre – et va implorer que le volume soit baissé. Mais rien à faire, les apprentis “Nouvelle Star” sont à fond les ballons (l’alcool de riz aide) et la séance de torture dure pendant le dîner et tout le reste de la soirée.

Ce qui nous vaut quand même quelques bonnes crises de fou rire.

Jeudi 17 janvier 2013

Levés au chant du coq (ce qui est toujours plus mélodieux que les tentatives de la veille), nous nous entassons dans plusieurs camionnettes afin de rejoindre le poste frontière et faire tamponner nos passeports. La Thaïlande, c’est fini et devant, seul le Mékong nous sépare encore du Laos.

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Sur l’autre rive, atteinte en long boat, nous entamons les formalités douanières d’entrée dans notre nouveau pays hôte. Comme l’on m’a dit d’être trèèèèèèèèèès patient, je suis plutôt surpris quand je récupère mon passeport et mon nouveau visa moins d’une demi-heure plus tard. J’en profite pour convertir mon reliquat de Baths Thaïlandais au bureau de change et récupère … plus d’un million et demi de Kips Laotiens !!! Ca y est, c’est fait, j’suis riche. Alors les filles :) ?

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Nous rejoignons l’agence de voyage Laotienne en charge de la croisière sur le Mékong. Afin de récupérer nos vrais billets, nous devons présenter nos « vouchers » (on ne m’a jamais donné le mien à Chiang Maï, j’ai donc photocopié celui de Patrick, mode resquilleur activé) et laisser nos passeports que nous ne retrouverons qu’au moment de l’embarquement. Moyen moyen.

Enfin, le pire, c’est pour Kyle : il a acheté son bon directement à l’hostel ce matin mais la responsable de l’agence ne veut rien savoir. Elle ne connait pas cet établissement et refuse donc délivrer le vrai billet à mon jeune acolyte australien qui commence à paniquer. Je reste avec lui pendant que les autres rejoignent en Tuk-Tuk l’embarcadère situé à 6 km de là. Le départ est dans 20 minutes et c’est « un peu tendu ».

Je commence à parler avec la jeune Laotienne (Kyle est définitivement hors service) pour lui demander d’appeler, de s’arranger avec les gérants de l’hostel, lui explique que mon comparse a bien payé son ticket, que j’étais là, qu’on ne peut se permettre de manquer ce bateau puisqu’on a un avion dans 2 jours à Luang Prabang (on n’est plus à un mensonge près …) etc etc … Rien à faire : la Laotienne est plus têtue que la Bretonne et nous sommes obligés de nous avouer vaincus. Kyle paie donc une 2ème fois son ticket, et nous arrivons juste à temps pour récupérer nos passeports et embarquer.

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C’est un peu la foire d’empoigne, chacun cherchant à s’octroyer les « meilleures » places – à l’avant, loin du moteur ! – et par un petit miracle, notre petite équipe parvient à rester groupée. Enfin, vers midi, c’est le grand départ.

Pendant 5 heures, notre slow boat navigue tranquillement sur les eaux sombres du Mékong. J’ai l’impression d’être dans “Indochine” avec Catherine Deneuve. Sur les rives du fleuve, une végétation luxuriante, des pêcheurs qui regardent amusés notre passage, des villages totalement perdus. Et plusieurs fois je me prends à rêver de pouvoir m’arrêter quelques jours dans l’un d’entre eux pour satisfaire à mon désir d’évasion. Enfin, je ne suis pas malheureux car mon équipage s’avère tout bonnement fantastique : entre petites rasades de cervoise et cigarettes qui font rire, nous nous racontons nos vies de A à Z. Un moment comme je les aime.

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En fin d’après midi, nous arrivons à Pak Bang qui marque le milieu de notre périple fluvial. La ville vivant uniquement du tourisme lié à la navigation des slow boats, l’ambiance est un peu « bizarre » ; il est très difficile de communiquer avec des locaux autrement que pour acheter quelque chose et le fossé est vraiment perceptible (par moment, j’ai un peu l’impression d’être un animal de cirque). C’est bien dommage mais pour une fois, le tort n’est pas seulement à mettre sur le dos des « étrangers ».

Hôtel réservé et dîner avalé (repas pendant lequel je discute avec Kelly, Américaine qui vient de passer 3 ans et demi en Tanzanie ce qui m’intéresse au plus haut point), nous nous retrouvons pour un dernier petit verre sur le balcon de notre auberge. Vers 23 heures, des officiels Laotiens viennent nous rappeler à l’ordre : « You’re not in Thailand anymore ».

Non, les communistes, ça ne rigole pas.

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Vendredi 18 janvier 2013

Vers 8 heures, nous sommes de nouveau à nos places dans le bateau et partons pour une pleine journée sur le Mékong. Comme la veille, les paysages sont superbes et propices à la contemplation. Les quelques stops que nous opérons pour embarquer des locaux nous réservent des surprises de taille. A l’un d’entre eux, plusieurs enfants approchent le bateau pour vendre … du rat. Appétissant.

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Mais le plus gros sketch de la journée démarre vers 15h : alors que je fais la queue pour me rendre au petit coin (bah oui, j’suis pas un robot), un australien vient me voir et me demande de but en blanc :

« Are you famous ? »

Je reste incrédule quelques secondes ce qui lui laisse le temps d’embrayer :

« Non parce que mes amis là bas [Il pointe du doigt un groupe d’une dizaine de personnes qui nous fixent] sont persuadés depuis qu’ils t’ont vu hier que tu es connu mais ils n’arrivent pas à se souvenir pourquoi. Tu fais de la musique, du tennis ? »

A ses yeux grands ouverts guettant ma réponse, je comprends alors qu’il est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Je me contente de sourire et de le quitter en lui lançant un énigmatique « On ne sait jamais ».

Moins d’une demi heure après – et je vous jure que ça fait bizarre – j’ai le tiers du bateau qui me regarde et semble se demander qui je suis. J’entends fuser des « He’s a singer », « He’s a writer » et autres hypothèses un peu farfelues. Les membres de mon groupe font monter la sauce en criant à tout va « C’est Fabien, il est célèbre », l’ambiance vire au n’importe quoi et je me retrouve à poser pour des photos. Je suis plié en deux et joue évidemment le jeu à fond : quand je croise le regard d’une jeune anglaise que j’ai surpris plusieurs fois à me surveiller de loin, je me mets l’index sur la bouche pour lui faire comprendre de « garder le secret ». Ce qui a pour effet de mettre le feu à une nouvelle traînée de poudre.

Vers 18 heures, nous arrivons enfin à Luang Prabang.
Carte 2

Mon sac est tout au fond, je sors quasiment en dernier et alors que je pointe le bout de mon nez sur le ponton, j’entends s’élever depuis la plage (où la majeure partie des gens a déjà débarqué) un tonitruant « Ca y est, le voilà, Famous Fabien ! ». Et d’avoir le droit à une standing ovation mo-nu-men-tale dont je profite, hilare, en levant les bras.

Je ne suis pas célèbre.

Mais ma croisière sur le Mékong, c’est certain, je m’en souviendrai.

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