De Sogamoso à Villa de Leyva

Dimanche 16 juin 2013

Dimanche 16 juin, après un dernier petit-déjeuner gargantuesque à l’Elementales (dont, à mon regret, je n’ai eu le temps de tester toute la carte), une accolade avec ses propriétaires (un couple Colombiano-Argentin adorable) et une bise à Abby & Mike (deux de mes compagnons d’aventureS des derniers jours), je quitte San Gil, la tête pleine de souvenirs et l’épaule de cicatrices.

Tel un conquistador espagnol de la grande époque (Esteban, Zilla, là haut les cités d’or, tout ça tout ça), je marche désormais vers la capitale, Bogota, qui se trouve à moins de 250 km. Mais avant de retrouver l’effervescence de la grande ville, je décide de jouer encore un temps le rat des champs et de m’octroyer quelques jours « à la campagne ».

Première étape de ma virée bucolique,  Sogamoso, dans le département de Bocaya, à 5 heures de route (6 au tarif Colombien) de San Gil. De taille relativement importante (environ 115 000 habitants), Sogamoso constitue avant tout un excellent point de rayonnement pour l’exploration de la région.

Map Sogamoso

Pour ces 3 jours, je prends mes quartiers à la finca San Pedro, petite ferme familiale au décor enchanteur.

La Finca San Pedro, un pt'it coin de Paradis

La Finca San Pedro, un pt’it coin de Paradis

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L’accueil que me réserve la propriétaire est véritablement chaleureux (et ça fait du bien, on est à 2600 m et ça pèle !) et j’ai plus l’impression d’arriver chez ma grand-mère pour un week end dans le Loiret (ma petite Mamie, je pense bien à toi …) que dans un hostel au fin fond de la Colombie. L’ambiance familiale est d’ailleurs renforcée par la présence de volontaires aidant à la restauration de la ferme et qui me font visiter les lieux.

Ouh mais dis donc t’as vu l’heure Marcel ? 21 heures ! Allez, au lit !

Lundi 17 juin 2013

Levé avec les poules, je prends mon petit déjeuner (including une confiture rhubarbe maison qui vous ferait croire en Dieu) à la lueur des premiers rayons d’un soleil frais mais bien présent. Au pied des montagnes, pas un pèlerin à la ronde, on est vraiment bien tintin.

Ma 1ère escale post-digestion est culturelle et prend place au musée archéologique de Sogamoso. Construit sur les ruines d’un cimetière Muisca, il permet d’avoir une excellente introduction à l’histoire de cet ancien peuple indigène ainsi qu’à celle de la région. Autre point notable, il abrite une reproduction d’un « Templo del Sol », lieu de culte Muisca dédié au dieu Soleil (je pense que le nom vous avait mis sur la voie :)). Je profite de l’ensemble tout à mon aise puisque j’y suis absolument seul pendant 2 heures.

Musée archéologique de Sogamoso

Musée archéologique de Sogamoso

Templo del Sol

Templo del Sol

Un petit tour rapide dans le centre de Sogamoso,

Cathédrale de Sogamoso

Cathédrale de Sogamoso

Et je saute dans un bus local en direction du Lago de Tota, un des plus hauts lacs naturels du monde (3015 m d’altitude), à 20 km de là. Le trajet en lui-même vaut son pesant d’empenadas, que ce soit pour les petits villages traversés ou pour la vista sur les montagnes environnantes.

Je reste environ deux heures à Playa Blanca (la plage la plus haute de Colombie), au bord du lac, à me laisser bercer par le clapotis de l’eau et enivrer par un paysage qui me rappelle furieusement Bariloche en Argentine,

Lago de Tota, Playa blanca

Lago de Tota, Playa blanca

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Avant de m’en retourner avec mes petites patounettes toutes musclées vers le village de Tota (oui oui comme le lac, c’est bien foutu). 2 heures de marche où je ne rebranche mon cerveau que pour répondre aux saluts amicaux des quelques paysans dont je croise la route et ne pas oublier de prendre le dernier bus qui me ramène vers Sogamoso.

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Ce soir là, je pulvérise un des records de mon tour du monde : je me glisse sous la couette aux alentours de 20 heures, et m’endors, paisible comme jamais.

Mardi 18 juin 2013

En ce mardi matin, je déambule pendant une petite heure dans les ruelles pavées de l’une des perles locales, le village colonial de Mongui. La région s’est ouverte depuis peu au tourisme « international » (mon Lonely Planet de 2009 n’en fait même pas mention) et comme les Colombiens ne sont pas en vacances, je savoure à nouveau un moment « rien qu’à moi ». Partager avec les autres backpackers est quelque chose que je chéris grandement mais m’extraire de temps à autre du flot des voyageurs me fait un bien fou.

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Renseignements pris auprès de l’office de tourisme local, je décide de randonner à travers la montagne pour rejoindre le village de Topaga, plutôt que d’attendre le bus qui pourrait m’y emmener. Quelques heures de déambulations escarpées dans un paysage grandiose qui ne font que renforcer l’une de mes convictions : un dictionnaire de synonymes est devenu indispensable, la Colombie ayant réduit à néant mon réservoir de superlatifs.

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Mon parcours est ponctué d’une rencontre plutôt savoureuse. Alors que je doute du chemin à prendre (les « Y » sont le cauchemar du randonneur solo qui n’a pas de carte), je me renseigne auprès d’un gamin d’une dizaine d’années qui vient à ma rencontre en vélo. Extrait de la fin de la conversation:

Lui : Mais pourquoi tu n’as pas pris le bus pour aller à Topaga ?
Moi (souriant déjà): Mais parce que j’adore marcher…
Lui : Et tu habites où ?
Moi : En ce moment, je dors à Sogamoso mais sinon je suis Français, j’habite à Paris. Tu connais Paris ?
Lui : Non
Moi : Et la France, tu connais ?
Lui (les yeux écarquillés) : Non, c’est où ?
Moi : C’est en Europe, c’est très loin. Presque 9000 kms.
Lui (inquiet) : Mais … Tu es venu à pieds de là bas ?

Sérieusement, comment voulez vous ne pas être totalement attendri par une réflexion pareille :) ?

Trois heures après être parti de Mongui, j’arrive, lessivé, à Topaga.

Quelques photos,

Topaga

Topaga

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avant que ma panse, qui grogne vertement, ne me rappelle à l’ordre.

Je m’installe dans un petit restaurant (je devrais dire le seul restaurant) aux abords de la place principale et engloutis (sans presque me tâcher) le menu du jour. Lorsque une demi heure plus tard, je demande la note et que la serveuse m’annonce le montant, je manque de m’étouffer. Je lui fais répéter, au cas où mes pérégrinations montagnardes et  le copieux repas que je viens d’avaler n’aient altéré mes facultés hispanophones. Mais non, j’ai bien entendu : 4500 pesos, soit 1,80 euros. Moins que le prix d’un café à Paris !

Manger !!!

Manger !!!

Après une petite siestita au soleil, je rentre sur Sogamoso en fin d’après midi afin de remballer mes affaires. Dès demain, une nouvelle destination m’attend.

Mercredi 19 juin 2013

Après 4 heures de bus – certainement mon moyen de transport motorisé favori – j’arrive à Villa de Leyva. Je me recale un peu sur le circuit touristique classique mais je ne pouvais décemment pas manquer ce petit village colonial de 8000 habitants,  déclaré monument national depuis 1954 et décrit comme l’un des plus beaux de Colombie, .

Map Villa de Leyva

Si j’ai qualifié sobrement de « chaleureux » l’accueil auquel j’ai eu droit à la Finca San Pedro, il m’est bien difficile de décrire celui de Martha au bien nommé hostal del Sol. Le seuil de la porte à peine franchi, elle me prend dans ses bras, me claque deux bises énergiques et me donne du « Mi Amooooorrrrrrr » (avec 5 ‘o’ et 7 ‘r’, si si) à tout va avant même que je n’ai eu le temps d’ouvrir la bouche.

Martha "Mi Amooooooorrrrrrr"

Martha “Mi Amooooooorrrrrrr”

Un accueil comme ça ferait passer l’auberge la plus miteuse pour un hôtel 5 étoiles. Mais là, c’est juste la cerise sur la chantilly sur le melon, tant le lieu dégage un véritable « truc » qui vous fait immédiatement vous sentir à la casa.

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Je consacre mon après midi à la découverte du village dont je parcours les rues pavées et admire les quelques attractions architecturales. Parmi elles, la Plaza Mayor, une des places les plus larges d’Amérique du Sud (120m*120m) et de nombreux édifices coloniaux.

Villa de Leyva, Plaza Mayor

Villa de Leyva, Plaza Mayor

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Je finis tranquillement la journée à l’hostel en discutant chiffons avec mes collègues de dortoir.

Trois bordelaises.

Hé hé.

Jeudi 20 juin 2013

Villa de Leyva étant situé au pied de la Cordiallera Oriental, le village regorge de nombreuses possibilités pour les amoureux de la marche dont je fais humblement partie. En ce jeudi matin, je décide donc de chausser mes plus belles semelles podologiques et de rendre une petite visite de courtoisie à la vierge, ou tout du moins à l’une de ses icônes, perchée sur les hauteurs du village. Sérieusement Marie, on ne pouvait pas se voir tranquilles au bar ?

T'as vu la Vierge ? Ouais, tout là haut !

T’as vu la Vierge ? Ouais, tout là haut !

La 1ère partie du parcours, au sud est du marché, est relativement aisée et s’avale en moins de 20 minutes. Un hors d’œuvre acétique pour un plat de résistance plutôt copieux : une montée de 45 minutes où je me retrouve à 4 pattes une bonne partie du temps (rien de cochon) du fait de l’inclinaison. Un excellent exercice pour mes jambes renaissantes avec en guise de cadeau d’arrivée un panorama plutôt sympathique sur Villa de Leyva et les montagnes avoisinantes.

Mange ta montée !

Mange ta montée !

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Dans l’après midi, le temps devenu soudain orageux me stoppe dans ma course (bon je n’avais pas pris trop d’élan non plus) et je profite d’un canapé tout mou de l’hostal del Sol pour relire le Critique de la raison pure de Kant  regarder la saison 6 de Big Bang Theory.

Tranquille quoi.

Vendredi 21 juin 2013

Un petit coup d’œil à la météo Parisienne pour constater que l’été n’est toujours pas arrivé en Ile de France (vous ne pouvez pas me taper, je suis trop loin !) et je décolle aux environs de 6h30 pour une nouvelle marche pré-petit déjeuner. Bâton à la main et barbe au menton, je me fais l’effet d’un pèlerin en partance pour Saint Jacques de Compostelle et à vrai dire, la résurgence de mes capacités physiques me ferait presque sur l’instant croire aux miracles.

Une nouvelle fois, mes modestes efforts sont récompensés puisque le mirador que j’atteins après deux heures m’offre un point de vue spectaculaire.

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Je profite longuement du calme alentour en mode contemplatif avant de m’en retourner à mon camp de base où Martha m’apprend que suite à la réservation du dortoir par une famille nombreuse, je viens d’hériter de l’une des chambres privées  de l’hostel, dotée d’une déco que ne renierait pas le dernier des bobos parisiens.

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Idéal pour finir en douceur mon séjour avant de partir dès demain pour la capitale.

Bogota, j’arrive !.

Sogamoso, Villa de Leyva ; toutes les photos : ici 

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