La Cordillère Blanche

Vendredi 09 août 2013

Après un trajet un peu étriqué (9h de bus de nuit entre Mancora et Trujillo, 3h supplémentaires jusqu’à Chimbote, et encore 5h pour atteindre notre destination), nous arrivons en fin d’après-midi à Huaraz, 131 000 habitants, capitale du département d’Ancash.

MapEn moins d’une journée, nous avons repris plus de 3000m d’altitude. Et après 17h de transport (où j’ai complètement oublié de mettre mes bas de contention), c’est le double effet Kiss-Pas-Cool : j’ai les  chevilles gonflées comme au bon vieux temps. C’est moche d’avoir 33 ans et demi, j’vous le dis.

L’auberge dans laquelle nous prenons nos quartiers offre d’emblée 2 bonnes surprises : un prix défiant toute concurrence (15 soles par nuit, soit 4 euros, petit déj’ inclus) et un taux de remplissage fait à 75% … de français ! Après la cacophonie anglo-saxonne de Mancora, j’avoue que je ne suis pas mécontent de pouvoir à nouveau à converser dans la langue de Molière. Même Ruth semble satisfaite, c’est dire.

Nous passons la soirée à récupérer de notre long trajet et à émerveiller notre auditoire (notamment Troy, un anglais rencontré lors de notre 1ère escale péruvienne) avec un « tour de magie » enseigné par Tyler, notre compère de la Quilotoa Loop en Equateur. A chaque nouvelle auberge, on fait le coup, si bien que j’ai de plus en plus l’impression d’être David Copperfield en tournée :)

Samedi 10 aôut 2013

Une bonne nuit de sommeil plus tard, nous partons en exploration.

Même si Huaraz ne peut se prévaloir d’aucune particularité architecturale notable, elle n’en est pas moins agréable à parcourir. Et contrairement à Mancora, j’ai enfin le sentiment d’être arrivé au Pérou, impression confirmée par l’immense marché dont nous prenons plaisir à scruter chaque dédale.

P1070676 P1070683 P1070690Nous passons l’après midi à planifier notre séjour dans la région (Huaraz est le point d’accès principal pour les treks dans la Cordillère Blanche) et la soirée à philosopher avec nos nouveaux compagnons autour de quelques cocktails.

Dimanche 11 août 2013

Couchés à 4h du matin (ou quand un verre en appelant un 2ème puis un 3ème, vous vous retrouvez soudain en boite de nuit …), nous nous levons à peine une heure et demie plus tard et partons pour un trek d’acclimatation : la Laguna 69, notre 1er contact avec la Cordillère Blanche.

Située dans les Andes péruviennes, cette chaîne de montagne longue de 180 km compte 33 sommets à plus de 5500m d’altitude et quelques 200 lacs tous situés à plus de 4000m, la Laguna 69 étant le plus célèbre d’entre eux (A noter que sa dénomination n’a strictement rien de sexuel et reflète juste un index de comptage).

P1070705Après 3 h de route, nous nous acquittons des droits d’entrée du parc Huascarán et entamons notre randonnée.

La 1ère partie du parcours, en légère montée, ne présente que peu de difficulté même si l’altitude, combinée à la fatigue, ne tarde pas à faire sentir ses effets. Heureusement, les panoramas sont tout bonnement somptueux.

P1070696 P1070728 P1070730Un petit passage en plaine,

P1070736 P1070738Et nous entamons l’ascension finale. J’ai beau avoir retrouvé un foncier plus qu’honnête, je crache littéralement mes poumons et il me faut bien la magie de la Laguna 69, que nous apercevons après une heure de montée, pour me convaincre que nos efforts ne sont pas purement masochistes.

P1070755 P1070755aUn déjeuner avalé dans un froid et un vent cinglants (nous sommes à 4500m d’altitude) et nous repartons en sens inverse. Après 2 bonnes heures de descente, nous opérons, en compagnie de quelques ânes amicaux, une dernière pause dans la somptueuse vallée qui nous avait servi de point de départ. Tout ça sous un soleil resplendissant.

P1070777 P1090773aSur le chemin du retour, Ruth et moi débattons de l’opportunité de partir dès le lendemain pour réaliser le trek de Santa Cruz (4 jours, 3 nuits), sûrement le plus fameux du Pérou après l’Inca Trail. Nos 6 heures de marche du jour n’ont pas été de tout repos et je n’ai pas envie de me retrouver à nouveau en délicatesse avec mes jambes. Ce ne serait point raisonnable.

Ah ah ah, comme si le terme « raisonnable » faisait subitement partie de mon vocable.

Bien sûr qu’on y va !

Lundi 12 août 2013

De nouveau levés aux aurores, nous partons donc pour le village de Colcabamba, rampe de lancement de notre trek. Pour ces 4 jours, nous passons par une agence : pour la modique somme de 80 euros, nous bénéficierons de 2 guides et d’un muletier et n’aurons donc pas à nous soucier de la logistique. Je ne me voyais très honnêtement pas réaliser cette expérience en indépendant et porter nourriture, tente et autres réchauds à gaz (tout ça pour gagner 30 euros).

Trek-Santa-CruzDans le bus qui nous emmène, nous faisons la connaissance de nos futurs compagnons pour ces 4 jours. Un équipage plutôt international puisque composé de 3 français (Guillaume, 25 ans, en stage de médecine dans un hôpital péruvien ; Cécile, jeune et jolie parisienne ; et moi et moi et moi), 2 anglais (Ruth et Troy), 2 canadiens (Samuel & Hugo), 2 hollandais (Iris & Diego), 1 américain (Daniel) et 1 espagnol (Luis). A noter que pour la 1ère fois depuis bien longtemps, je ne suis pas le plus âgé puisque Luis pointe à 35 printemps. Ouf.

5 heures de route plus tard, nous arrivons enfin à destination, après quelques arrêts photos pleins de promesses,

P1090861 P1090862 P1090862bNe gardant avec nous que le strict nécessaire, nous laissons vêtements de rechange et autres sacs de couchage à Roberto, notre sympathique muletier, qui prend le soin de charger ses bêtes ; avant d’entamer notre périple pédestre.

La marche qui nous emmène vers notre 1er campement, à 3800m d’altitude, est relativement aisée. Nous profitons donc pleinement du paysage et de nos rencontres avec les jeunes locaux, lesquels nous quémandent avec de grands sourires quelques friandises chocolatées.

P1090862ce P1090862ceg P1090862cegh (2)Après 4h de marche, nous posons nos sacs tandis que nos deux guides, rapides comme l’éclair, montent les tentes. Nous satisfaisons à quelques parties de cartes avant de faire honneur à un repas vraiment bon pour de la “cuisine itinérante”.

P1090862ha P1090862ceghEt alors qu’il est à peine 20h, nous plongeons dans nos sacs de couchage.

Mardi 13 aôut 2013

Après une nuit sans sommeil (sol dur comme du béton & froid que mes 4 couches de vêtements n’auront pu qu’atténuer très légèrement), nous nous levons vers 6h sous les 1ers rayons d’un soleil matinal.

P1090862i P1090895Petit déjeuner sommaire avalé, nous nous mettons en route pour la plus longue journée de notre périple : après un court conciliabule, nous avons en effet décidé hier de réaliser le trek en 3 jours, ceci afin d’éviter une nuit à plus de 4000m et de bénéficier d’une matinée de repos à Cashapampa, notre terminus.

P1100095Le parcours du jour s’annonce d’emblée beaucoup plus challenging et mes muscles ont bien du mal à se mettre en marche. Nous semblons tous dans le même état et une fois n’est pas coutume, je trouve réconfort dans les paysages qui nous entourent.

P1090933b P1090941 P1090942aAprès 2h de randonnée, je suis cette fois parfaitement réveillé pour entamer l’ascension nous menant vers Punta Union, le point le plus haut de notre parcours avec ses 4750m. Je marche à un rythme soutenu, tout en n’oubliant pas de lever la tête de temps à autre pour profiter de la magie du lieu.

P1090942

Alors que notre groupe, qui grimpette déjà depuis une heure, a totalement éclaté, et que je suis hors d’haleine, j’entraperçois, à environ 200m, le sommet. Et submergé par un mélange de fatigue et d’émotion, je craque complètement.

Appuyé sur mon bâton de marche, je fonds en larmes : il y a moins d’un an, j’étais incapable de marcher plus d’une demi-heure par jour, et après tous les efforts consentis pour pouvoir sortir de ce trou noir, en être là aujourd’hui revêt une signification vraiment particulière. Je pense aussi à ma grand-mère paternelle, qui ne se réveillera plus : j’avoue avoir bien du mal à digérer une deuxième fois cette situation, après le décès de ma grand-mère maternelle survenu quand je vadrouillais au Panama l’année dernière.

Alors que Cécile et Guillaume, trop focalisés sur leur montée pour remarquer mon état, me dépassent, je reprends un peu mes esprits et ma marche en avant. Quinze minutes plus tard, j’en termine et retrouve le sourire pour profiter de l’incroyable panorama et des pics enneigés qui nous entourent.

P1090974b P1090997a P1100001Une pause repas bien méritée et nous entamons une longue descente dans laquelle je fais du pur Fabien. En deux mots, je cours, ce qui vaut à Ruth de me qualifier, lorsque le groupe me rejoint finalement, de véritable «machine » (je choisis de prendre ça pour un compliment).

P1100001baNous gambadons maintenant sur le plat, dans un environnement verdoyant. Un dernier détour pour admirer l’Alpamayo et nous changeons totalement de décor avec 2 dernières heures de marche dans une vallée désertique (passées à papoter avec Luis, l’espagnol de notre équipée).

P1100034 P1100034a7h30 après avoir entamé notre périple du jour, nous établissons enfin notre campement, au bord d’une gigantesque lagune, à 3800m d’altitude. Encore un peu chamboulé, je m’éloigne du groupe pour une petite marche et c’est en solitaire que j’apprécie pleinement le côté grandiose du lieu.

P1100058 P1100075Nous expédions notre dîner, et alors qu’il n’est que 19h30, j’éteins ma lampe frontale en espérant bénéficier de quelques heures de sommeil réparateur.

Mercredi 14 aôut 2013

Peine perdue. Lorsque je me lève, je ne suis pas au mieux après cette 2ème nuit d’affilée sans fermer l’œil. Et il me faut bien une heure de marche (heureusement c’est plat) pour retrouver l’usage de la parole et converser avec mes compagnons.

Après le froid glacial de la nuit, il règne désormais un soleil de tous les diables et nous profitons au mieux des quelques espaces ombragés sur le parcours qui nous mène, à travers un long canyon, vers le village de Cashapampa,

P1100095a P1100095bLes 3 dernières heures se font en pure descente et je suis tellement pressé d’arriver que je marche plus rapidement que jamais. A tel point que je coupe la ligne d’arrivée en même temps que notre 1er guide, 15 minutes avant Guillaume et une demi heure avant le reste du peloton !

P1100144Dans l’après-midi, nous profitons des sources d’eau chaude de Cashapampa pour effectuer notre 1er nettoyage intégral depuis 72 heures. Mais alors que je m’en retourne à notre campement, je suis pris de vertiges. Manque de sommeil, efforts intenses, nuits glaciales et journées très chaudes, je m’apprête à payer l’addition des 3 derniers jours.

Je passe la soirée dans ma tente, incapable de me lever, pris de grosses montées de fièvre. Par bonheur, le terrain plus souple sur lequel nous campons me permet finalement de sombrer dans un lourd sommeil.

Jeudi 15 aôut 2013

Oh diable, que ça fait du bien de dormir. Et même si je suis encore dans un piteux état en ce jeudi matin (à vrai dire, on l’est tous un peu), je suis quand même reposé et supporte sans trop de mal les 3h de bus qui nous ramènent à Huaraz. Je dors une majeure partie de l’après midi tandis que Ruth s’occupe de réserver nos billets de bus pour Cuzco que nous atteindrons dimanche après un long périple de 48h passant par Lima.

La Cordillère Blanche fut une expérience’incroyable, j’ai maintenant hâte de parcourir le sud du pays  !

Toutes les photos de la Cordillère Blanche : ici

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5 Comments on “La Cordillère Blanche”

  1. Laurent Says:

    Splendide, en particulier la photo des 2 lacs dans la vallée (un arrêt photo bus si j’en bien compris). Encore un billet comme ça et je vais avoir un pays de plus à ajouter à ma togo list (ça, c’est un coup rude, car elle est déjà donc cette liste ;-)).
    Il fait si froid que ça pour avoir si mal dormi ou ton sac de couchage n’était pas assez chaud ?

    • Fabien Says:

      Ah ah, plutôt que je ne suis pas habitué à dormir sur des sols si durs !

      • Olivier Benhamou Says:

        C’est marrant j’ai vu Pierre Velot hier soir… Et on s’est rappelé la fois où t’avais dormi sur le parquet chez moi… T’avais bien dormi à l’époque pourtant :)
        Merci pour ton blog et tes photos, c’est inspirant

  2. Christine Says:

    Toujours un plaisir de te lire,
    De Cuzco à Pisac il n’y a qu’un cours trajet en bus local…Si tu penses y aller, il faut y dormir une nuit si tu le peux, pour être très tôt sur le marché avant les “touristes”… J’y ai acheté des “patates” qui poussent depuis sur notre sol français :-)
    Regarde du haut des marches de l’église à l’interieur pendant une messe : les chapeaux melons déposés en tas du côté des femmes au début de chaque allée est une photo à faire :-) plus la messe est, un détail : en “quechua” … J’espère que tu n’auras pas trop de touristes car c’est un site prévu dans tous les tours…
    Dans la cathédrale de Cuzco trouve le “cuy” sur la toile de la Ultima Cena :-)
    Le train au départ de Cuzco pour le MP est “étonnant”…beaucoup de personnes le prennent de plus loin (le prix y est aussi pour quelque chose ! ce n’est pas donné !) mais à faire à mon avis (impossible à te le décrire car il faut garder l’effet de surprise…ne dort pas la première heure au moins ! pour suivre le mouvement !)
    Peut être te prévoir 2 jours au MP, car s’il ne fait pas beau un jour (souvent de la pluie ou brouillard) le 2ème sera peut être top soleil !!! pour ma part j’avais été “inspirée” d’avoir pris une marge :-)
    voilà, “ce n’est pas le Pérou” côté infos mais ma contribution à moi…
    Un autre train que je n’ai pas pu “tester” car il y avait une grève de taille au moment où j’y étais c’est celui de Cuzco à Puno, mais très très cher… pour aller vers la destination du lac Titicaca au cas où tu l’aurais à ton programme :-)
    Bonne route, bonnes marches ! Christine