La Paz & la “Route de la Mort”

Jeudi 19 Septembre 2013

En milieu d’après-midi, nous arrivons à La Paz, après un transfert rallongé et compliqué par des blocages de route dans la région de Potosi : adieu veau, vache et trajet direct de 12h ; bonjour bus de nuit pour Cochabamba puis bus de jour pour la capitale bolivienne. Total : 18 heures. Autant vous dire que lorsque l’on pose nos sacs dans notre auberge, nous sentons la rose et tenons une forme de tous les diables.

MapAprès une légère sieste (il faut que je pense à faire modifier mon contrat de travail pour inclure la possibilité d’un tel break dans mes futurs après-midis de labeur), nous sortons dîner pour constater l’animation incroyable qui règne dans la ville. Bon, 1,5 millions d’habitants, il faut bien qu’ils soient quelque part. Et à les voir s’activer comme ça, on devine qu’ils ne souffrent pas de l’altitude (contrairement à nous) et des 3660 m qui font de  la Paz la plus haute capitale du monde.

Hauteurs de La Paz

Hauteurs de La Paz

En soirée, je retrouve Sophie, une française rencontrée quelques mois plus tôt dans le train … Melun – Paris … et en vacances dans la région avec des amis.

So good to speak french :) !

Vendredi 20 Septembre

Nous organisons notre journée afin de prendre part au « free walking tour » qui nous permettra de découvrir de manière efficace et dans un temps limité les sites principaux de La Paz. Malheureusement, après plus d’une heure d’attente au niveau de la Plaza San Francisco, il faut nous rendre à l’évidence : le guide nous a posé un beau lapin !

P1000795Nous profitons de sa proximité pour faire une visite guidée de l’église San Francisco, construite en 1549 et présentée comme la plus belle église coloniale de La Paz, ainsi que de son monastère. Le cloître baroque (à moitié rasé au 17ème siècle pour permettre la construction de l’avenue Mariscal de Santa Cruz), le jardin coloré ainsi que le clocher, permettant une vue des collines de La Paz, sont absolument superbes et confirment la réputation du lieu.

Jardin dans le monastère de l'Eglise San Frncisco

Jardin dans le monastère de l’Eglise San Frncisco

P1000801 P1000808 P1000806En fin d’après-midi, Ruth & moi laissons nos 2 compagnons anglais vaquer à leurs occupations de couple et entamons une ascension en direction du mirador Killi Killi. Après une demi-heure de marche intense, nous atteignons les hauteurs de la Paz avec pour récompense une vue magnifique : sous nos yeux, une ville absolument tentaculaire dont les faubourgs s’étendent jusque sur les parois des gorges montagneuses voisines. Et au loin, les cimes enneigées du Mt Illimani (6402 m) …

Mont Illimani : 6402m

Mont Illimani : 6402m

Nous avons aussi droit aux regards fortement suspicieux des quelques locaux que nous croisons. Et pour cause, nous nous trouvons près de 500 m au dessus du fameux mirador, que nous avons donc manqué, et dans un quartier qu’il ne semble pas prudent de fréquenter plus longtemps !

Avant de revenir à notre auberge, nous déambulons dans les rues du « Witch Market », littéralement le marché aux sorcières, où nous constatons l’appétence des locaux pour un gris-gris peu ragoutant : le fœtus de lama séché ! C’est censé porter bonheur mais personnellement, ça me porte surtout au cœur !

Foetus de lama séché, le porte bonheur qui porte au coeur !

Foetus de lama séché, le porte bonheur qui porte au coeur !

Bon de là à me couper l’appétit, faut pas pousser …

Samedi 21 Septembre 2013

En ce 1er jour du printemps, où les amoureux inondent les rues, ballons en forme de cœur ou roses rouges à la main, mon programme est moins romantique : je m’attaque à la « Route de la Mort », une des attractions principales pour les amateurs de sensations fortes en Amérique du Sud !

Derrière ce nom un peu énigmatique se cache un parcours de 63 kms de VTT : de la pure descente, sur une partie de l’ancienne voie reliant La Paz et Coroico. Construite à flanc de montagne, mi-gravillonneuse, mi-pierreuse, la route est large de 3,20m en moyenne quand le vide qu’elle surplombe peut atteindre … 600 mètres. Le nombre de décès parmi les automobilistes est conséquent (26 véhicules basculent chaque année dans le vide) et celui parmi les touristes-cyclistes est non nul (8 est le chiffre non officiel).  Autant dire que l’erreur est absolument interdite.

En contrebas, 600 m de vide !

En contrebas, 600 m de vide !

Pour réaliser cette petite excursion, je passe par l’agence « Overdose » (ça promet),  dont le mini-van déjà rempli de 6 autres touristes, vient me chercher aux environs de 8 h. J’y grimpe avec une petite boule au ventre mais sans mes compagnons de voyage : ces derniers se sont lamentablement dégonflés. Sur la route qui nous mène vers le sommet du mont Cumbre, notre point de départ situé à 4700m d’altitude, je fais la connaissance du brésilien de l’équipe, Victor. Il ressemble comme 2 gouttes d’eau à Jésus et j’y vois là un signe positif : avec le fils du patron dans la bande, il ne peut rien nous arriver.

VictorAprès 20 minutes de trajet depuis La Paz, nous débarquons les vélos et enfilons notre équipement : combinaisons de motos, casque intégral, protège-coudes et protège-genoux. Nous ne faisons pas les fiers au moment d’essayer nos montures full-suspensions, de vrais petits bijoux à la sensibilité déconcertante : les freins hydrauliques, il faut y aller mollo au risque de se retrouver dans le décor.

Parés au départ !

Parés au départ !

Heureusement, nous avons droit à un galop d’essai sur une route entièrement asphaltée. Très rapidement, je prends la mesure de mon canasson et retrouve mes sensations, tout en essayant de ne pas m’emballer. Mon épaule gauche se souvient encore de mon excès de confiance et de ma lourde chute en Colombie.

P1320136 P1320143Une bonne demi-heure de pédalage plus tard, nous faisons une pause snack avant d’entamer les choses sérieuses. Alors que j’engloutis ma troisième banane, au milieu des véhicules des nombreuses agences présentes, je manque de perdre la mâchoire de surprise : à 2 mètres de moi, Abby & Mike, 2 de mes compagnons américains de St Gil (Colombie) que je n’ai pas vus depuis 3 mois ! Nous nous tombons littéralement dans les bras, dans un concert de cris dont je ne suis pas certain de pousser les moins aigus. Car je suis franchement ému : ma semaine en compagnie de cet adorable couple de Chicago reste à coup sur l’un de mes meilleurs souvenirs de voyage.

Mike & AbbyAprès quelques minutes de gai papotage, nous remontons dans nos vans respectifs pour en débarquer 8 km plus tard, au vrai point de départ de la Death Road, que nous attaquons sous un léger crachin et un fort brouillard. On ne voit pas à 3 mètres et l’ambiance est carrément mystique.

P1320234 P1320278Pendant les premiers kilomètres, je reste sagement derrière notre guide ouvreur qui s’applique à donner le rythme.  Paradoxalement, le fait de ne rien voir permet d’occulter le risque de la falaise toute proche. Ce n’est que lorsque nous croisons un véhicule (à ma grande surprise, et malgré l’existence d’une déviation sécurisée, la route est encore empruntée), et que nous devons garder notre gauche (c’est la règle quand 2 véhicules se croisent : le plus près du vide étant celui qui a meilleure vue sur ses roues extérieures), que je prends pleinement conscience du vide.

Et on passe où ?

Et on passe où ?

Au fur et à mesure de la descente, le temps s’éclaircit et la température s’adoucit, ce qui nous permet de profiter pleinement du paysage et de nous débarrasser de nos lourdes vestes. Je suis complètement détendu et « fais la course en tête », en compagnie de Victor (le Jésus Brésilien qui a quand même trouvé le moyen de faire une chute) et de notre guide ouvreur. Ce dernier, voyant que l’on s’accroche à son rythme, accélère progressivement et je ne joue plus de mes freins qu’au moment d’aborder des virages serrés. Exciting !

P1320385Sur la dernière partie du parcours, notre guide nous permet de le dépasser et je lâche alors complètement les chevaux : le terrain est toujours aussi cabossé mais la route est plus large, ce qui permet de prendre plus de risques. Je m’en donne donc à cœur joie : sauts, virages à la corde, relance, je suis comme un vrai gosse à qui l’on a annoncé la pause récré.

Après 3h de pédalage, j’en termine, un énorme sourire aux lèvres : je viens de passer un moment incroyable, avec à la clef un sacrée dose d’adrénaline. Et pour une fois, je ne suis pas tombé !

Fier et content comme pas 2 à l'arrivée !

Fier et content comme pas 2 à l’arrivée !

Nous prenons notre déjeuner dans un petit lodge bien sympathique (avec 2 piscines, tant qu’à faire) avant de rentrer sur La Paz que nous atteignons 3h plus tard. Je passe à l’agence récupérer mon précieux sésame, un tee shirt portant l’inscription « I survived the Death Road », que j’exhibe fièrement devant mes compagnons de voyage une fois rentré à l’auberge (France 1, Angleterre 0). Comme une parfaite conclusion de cette journée riche en émotions, je retrouve Abby & Mike pour un succulent dîner dans un restaurant du centre ville.

La Paz, pour moi, c’est déjà fini : mais diable que ce fût bon !

Toutes les photos : ici

Et bien entendu, on continue à voter quotidiennement, on ne se démobilise pas : “Where is Fabien ? » aux Golden Blog Awards !”

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