Au coeur de la savane Tanzanienne

Mercredi 16 Octobre 2013

En fin d’après midi, après 36 heures de voyage et la bagatelle de 6 escales (Sao Paulo – Brésil, Lomé – Togo, Addis Abeba – Ethiopie, Entebbe – Ouganda, Kigali – Rwanda, Dar El Salam – Tanzanie), je débarque à l’aéroport de Kilimandjaro. Je suis donc vivant (à l’orée de cette phénoménale série de décollages – atterrissages, on aurait quand même pu émettre un doute) et, framboise dans le champagne, mon sac à dos m’a suivi. Autant dire que s’il y avait un PMU dans le coin, j’irais remplir une grille d’Euromillions.

Map ArushaAprès m’être acquitté des formalités de douane, je saute dans un taxi en direction de la ville d’Arusha, 300 000 habitants (la Tanzanie en compte un peu plus de 43 millions pour une superficie de près d’un million de km²), à une heure de là. La route que nous suivons me replonge immédiatement dans l’atmosphère d’un continent que je n’ai pas foulé depuis mon voyage au Sénégal en 2011. L’animation des bourgades traversées, les enfants-bergers guidant leurs troupeaux de chèvres à travers la plaine, le paysage grandiose avec ici en toile de fond les 5896m du «toit de l’Afrique », tout contribue à cette impression d’authenticité inégalée.

L’hostel que j’ai choisi pour ma 1ère étape accueille à la fois de simples backpackers et des personnes en mission de volontariat. Lorsque j’y prends mes quartiers, il est quasi plein, une vingtaine de personnes, en majorité anglo-saxonnes. Le prix est un peu plus élevé que la moyenne mais comprend notamment le dîner, préparé par des « mamans » Tanzaniennes. Après 2 jours de plateaux repas, je suis content de pouvoir m’assoir dans un vrai siège et de sociabiliser autour d’un bon repas.

P1010776Bon, je suis bien trop fatigué pour participer activement à la conversation et je me contente d’écouter des échanges qui tournent en partie autour du « travail » du jour dans orphelinats et autres écoles des environs.

J’avoue que depuis ma visite au Sénégal, je suis plutôt mal à l’aise par rapport à de nombreux aspects de l’humanitaire en Afrique. Sans même évoquer le business malsain qui s’est récemment développé autour de ce thème ou les motivations douteuses de certains plus attirés par la perspective de prendre des photos «Benetton» avec les locaux que de véritablement aider ces derniers, la dépendance ainsi maintenue entre nord et sud m’apparait fort pernicieuse. Evidemment, cet avis n’engage que moi mais je vous conseille, si vous êtes intéressés par le sujet, ou voulez simplement en apprendre plus sur l’histoire de l’Afrique, l’excellent livre de Richard Dowden : « Africa, altered states, ordinary miracles ».

{31A1299D-F9E5-46FC-83B0-6F456E4F00B0}Img100Je passe malgré tout un très bon moment avant de m’en aller rejoindre mon lit, pour une bonne nuit de sommeil, un tantinet épuisé par mon périple,

Jeudi 17 Octobre 2013

A peine affecté par le « décalquage » horaire, je me lève de bon matin, avale mon petit déjeuner et pars – en tongs :) – explorer Arusha. Sur le chemin, je croise de nombreux écoliers en uniforme qui, d’un air jovial, me saluent de « Mzungu » (« Homme Blanc » en Swahili, l’autre langue officielle avec l’Anglais) bien sonores.

Le centre d’Arusha n’ayant que peu d’intérêt (la ville sert avant tout de point de départ pour la découverte des environs), j’y reste le temps d’un café et décide de rentrer tranquillement. Sur le chemin, je croise Vince, un Australien de l’hostel, qui m’annonce son intention de partir pour un safari dès le lendemain et me propose de se joindre à lui.

Le prix est raisonnable, ça m’évitera de prospecter pour une agence cet après-midi et ce kangourou m’a l’air bien marrant  !

Banco !

Vendredi 18 Octobre 2013

Vers 9h, je pars donc en compagnie de Vince et de Ramsen (un jeune Canadien de l’hostel) pour 4 jours à travers la savane du nord Tanzanien. Nous sommes rejoints par 2 sympathiques frère et sœur Israéliens, Elliah et Rachel, dont nous faisons connaissance dans le Land Cruiser que notre guide Dula emmène tambours battants vers le parc national de Tarangire (2850 km², le 6ème de Tanzanie en termes de superficie), à 105 km d’Arusha.

Map TarangireA l’aube de commencer notre safari, je suis excité comme une puce et m’aperçois de combien j’avais besoin de ce changement général de cadre. J’ai assez déclaré ma flamme à l’Amérique du Sud pour reconnaître que la perspective de ces deux mois et demi en Afrique ne me laisse pas indifférent (litote).

Sous un soleil de plomb, nous pénétrons donc dans l’immense parc (qui tire son nom de la rivière le traversant) et découvrons le toit de la Land Cruiser. Impatients, nous scrutons l’horizon et la végétation aride dominée par d’impressionnants baobabs, à la recherche de notre 1er animal. 550 espèces différentes résidant dans le coin, nous devrions y trouver notre bonheur.

P1010400Assertion vérifiée quelques minutes plus tard quand, à la sortie d’un virage, à quelques à peine mètres de la piste poussiéreuse que nous empruntons, une  girafe fait son apparition. Cette dernière est bientôt suivie au loin par un troupeau d’éléphants, puis des zèbres (dont les rayures semblent littéralement peintes), des babouins, des gnous (quelle barbe !), des gazelles, bref, tout le casting du Roi Lion (pour l’anecdote, « lion », en Swahili, se dit … Simba :)) !

P1010308 P1010331 P1010314 P1010393 P1010367Enfin, tout le casting sauf la star évidemment qui se fait attendre … Jusqu’à la fin de la journée !

P1010446 P1010447Après 6 heures d’exploration, alors que le soleil commence à se coucher, nous prenons la route de notre lodge (plutôt cossu) sur les hauteurs du Lake Manyara. Ravis de cette 1ère journée prometteuse, j’avale rapidement mon dîner et ne tarde pas à rejoindre Morphée, impatient d’être au lendemain.

Samedi 19 Octobre 2013

Lever aux aurores et direction le cratère de Ngorongoro, l’une des attractions naturelles de Tanzanie : ses 20 kms de diamètre en font la plus vaste caldeira du monde et … Comment ça, vous ne savez pas ce qu’est une caldeira ? Alors là franchement, je suis dé-çu et … Remarque moi non plus je n’en avais pas la moindre idée avant de lire ça : wikipedia.

P1010469 P1010477Outre le paysage à couper le souffle, le cratère de Ngorongoro (qui fait partie d’une zone de conservation plus large) recèle en son sein une faune incroyable que nous découvrons tels des gamins : impossible de se lasser du spectacle des ces animaux sauvages dans leur environnement  naturel. De nouveaux acteurs font à cette occasion leur apparition : rhinos (enfin 1 seul specimen, « spotté » à une distance trop importante pour en sortir une photo correcte), buffles, hippos, autruches, hyènes (j’les aime pas, elles ont provoqué la mort de Mufasa).

P1010490 P1010492 P1010501 P1010537Les animaux ne semblent pas du tout perturbés pas la présence humaine, notamment les lionnes qui paradent sans gêne devant leurs mâles, dans le but de leur faire grimper la libido (on entre en période de reproduction). Prenez-en de la graine Mesdemoiselles !

P1010519 (2) P1010519 (3)Mozzarella sur la tomate (je peux décliner l’expression « cerise sur le gâteau » à l’infini), notre petite équipe s’entend à merveille et les fous rires sont plutôt la règle que l’exception :

P1010549 P1010467En soirée, nous campons sur les hauteurs du cratère (la température y est fraiche ma foi), en compagnie d’un nombre impressionnant de touristes.

P1010555 P1010554Dimanche 20 Octobre 2013

Dernière étape de notre safari, le mythique parc du Serengeti, un terrain de jeu de près de 15000 km² où lions, éléphants et autres gazelles se côtoient dans des proportions délirantes (le nombre de gnous peut y atteindre les 2 millions !) et que nous atteignons après 2 heures d’un trajet ponctué par la rencontre avec de nombreux Masai. Au nombre de 300000 en Tanzanie et de 850000 au Kenya voisin, ces derniers subsistent essentiellement de leur activité pastorale, de la vente d’artisanat traditionnel et … De l’argent qu’ils demandent aux touristes  pour se faire prendre en photo. Ce que je refuse de faire, on n’est pas au cirque !

Après avoir franchi l’entrée du parc, nous roulons pendant une heure à travers la « plaine sans fin » (traduction littérale de « Serengeti » en Swahili) avant d’atteindre une zone plus arborée où nous sommes accueillis en « grande trompe » !

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Moment fort de la journée, notre guide décide de faire un peu de hors piste afin d’approcher un lion, couché tel un sultan au milieu de 9 femelles. Complètement incrédule pendant quelques secondes, l’animal semble presque nous dire «Vous blaguez là ?» et finit par pousser un rugissement beaucoup plus explicite. Tout doux le chat, tout doux !

P1010588 (2)Quelques minutes plus tard,  re-belotte : nous approchons cette fois un léopard, tranquillement perché dans un arbre, 3 mètres au dessus du toit ouvrant de notre Land Cruiser. Il faudrait à la bête moins d’une demi-seconde pour nous sauter dessus et nous sommes donc plutôt prompts à déguerpir !

P1010597En fin de journée, nous admirons le coucher de soleil en compagnie d’un groupe de lionnes qui semblent prêtes pour la chasse. Ces demoiselles, indifférentes à notre présence, bordent les 2 côtés de la route, ce qui nous permet d’apprécier pleinement leurs yeux impressionnants !

P1010694 P1010726 P1010729La soirée est de nouveau très animée et nous la passons à peine perturbés par les cris des hyènes autour du campement. Après 72 heures à explorer une partie de la savane Tanzanienne, dont la richesse faunesque m’aura fait penser à une version terrestre des Galapagos, nous retournons demain à Arusha. Et dès mercredi, je m’en vais, en compagnie de Vince et de Ramsen, à l’attaque du Kilimandjaro, sur les pentes du quel je fêterai donc mes 34 ans.

Franchement, on a connu pire comme anniversaire !

Les photos : ici

Vous voulez me faire un petit cadeau pas onéreux ? Votez ! La date limite du 25 octobre est bientôt atteinte, alors, à vos souris, trackpads ou claviers tactiles : “Where is Fabien ?” aux Golden Blog Awards !

Ps :

Parce que je tiens à toi, Lecteur, je n’ai pas voulu hacher mon récit avec le côté plus « sombre » de ce safari au cours du quel les désagréments « logistiques » furent légion :

–          Alors que nous avions payé une somme plutôt coquette pour un classique «tout-inclus», la carte bancaire censée être utilisée par notre guide pour payer les frais d’entrée des différents parcs s’est retrouvée non approvisionnée. Ce qui fait que nous avons du avancer la modique somme de 500 USD pour le Serengeti, récupérés à l’aide d’un gros coup de gueule version Israélienne

–          Nous avons fait le voyage dans ce qu’il convient d’appeler une « poubelle roulante ». Enfin « roulante », pas tant que ça puisqu’avec un radiateur percé et rempli régulièrement d’eau (et à l’occasion, d’excréments d’éléphant … True story) et non du liquide approprié, nous nous sommes retrouvés en rade plus d’une douzaine de fois. Ceci sans mentionner la porte qui tombe alors que nous sommes en route, le pare-chocs qui se décroche, le capot qui ne veut plus s’ouvrir pour finir par ne plus pouvoir se fermer, un pare-brise qui ne demande qu’à voler en éclats …

–          Le 2ème jour, notre guide ayant soi-disant un problème familial, il est remplacé par un autre du nom de Jafari. Lequel, après moins de 2 heures de route, trouve le moyen de s’endormir au volant et de percuter une voiture à l’arrêt …

–          Alors que l’un d’entre nous est en train de fumer à la fenêtre de la voiture à l’arrêt, Rachel réalise que le petit sifflement qu’elle entend depuis plusieurs minutes n’est autre que celui de la bonbonne de gaz, utilisée pour cuisiner, et qui a été mal refermée …

–          Alors que nous devons passer la matinée du lundi à explorer le Serengeti, notre guide se pointe à 9h au lieu de 7h pour un 1er arrêt … Au garage … Une petite impression de se faire prendre pour des c..s

–          Nous découvrons, un peu par hasard, que nos 2 guides ont échangé leurs identités, vraisemblablement pour brouiller les pistes s’ils devaient ne pas nous rembourser l’argent avancé … Une énorme impression de se faire prendre pour des c..s cette fois

–          Lundi matin, excédés, nous demandons à rentrer à Arusha. La voiture plantant définitivement, nous sommes obligés de faire du stop et arrêtons … le guide d’une autre compagnie …

Heureusement, tout cela fût insuffisant pour altérer l’énorme plaisir pris avec mes compagnons lors de ces 4 jours…

Ps du ps :

Que personne ne me lance un « Ça se passe comme ça en Afrique …» : je trouve ça insultant pour les gens qui font admirablement leur job sur ce magnifique continent ! Et il y en a !

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6 Comments on “Au coeur de la savane Tanzanienne”

  1. Hal Says:

    Raaa!! Je savais que je ne devais pas ouvrir ce billet! Je le savais depuis que j’ai lu que tu avais atterri… C’est trop beau!!!!!!
    Merci mille fois pour tous tes comptes rendus! Prend soin de toi, et continue à écrire! J’adore!

  2. Laurent Says:

    J’allais justement te poser des questions niveau budget. J’ai toujours entendu qu’un safari en Tanzanie, soit ça coutait un bras, soit … ça coutait un bras ! C’est indiscret d’avoir une idée du prix ?
    En fait, ça fait pas mal de temps qu’une grosse grosse envie de safari pointe le bout de son nez, mais impossible de me décider sur un pays. J’ai l’impression que le Kenya, c’est une usine à safari et que les pays plus calmes sont hors de prix. Je songeais ses temps derniers au Zimbabwe. Un avis ? Merci d’avance.

    • Fabien Says:

      C’est une des raisons – le côté ultra touristique du Kenya – qui m’ont fait opter pour la Tanzanie. Même s’il y a du monde, ça reste gérable et puis le Serengeti, c’est la Ferrari des parcs animaliers Africains. Pour le Zimbabwe, je ne saurais honnêtement te dire. Côté budget, j’ai payé très exactement 940 000 TZS, à peu près 430 euros – pour 4 jours/3 nuits en “tout compris” (pas d’autre formule de toute façon) : logement, 3 repas/jours, entrée dans les parcs, transports. C’est un prix relativement modeste comparé à ce dont j’ai pu entendre parler mais comme tu l’auras compris en lisant l’article, la qualité/sécurité n’étaient pas au RDV. Donc je n’hésiterais pas à mettre quelques euros de plus, même si ce n’est jamais un gage absolu.

  3. Pauline Says:

    De te lire et de voir les photos, j’en suis toute émue !