Le Kilimandjaro, c’est pas du gâteau (d’anniversaire) !

Mardi 22 Octobre 2013 : Day 0

Journée de transition à Arusha : je blogue tranquillement au soleil (tant qu’à faire) tandis que Vince et Ramsen s’occupent d’organiser notre ascension du Kilimandjaro. Il y a quelques jours encore, la probabilité que je fasse l’impasse sur cette expédition était non négligeable. Ma grimpette du Huayna Potosi en Bolivie m’ayant laissé d’impérissables souvenirs, mais aussi profondément marqué physiquement et mentalement, je n’étais pas certain de vouloir/pouvoir revivre ça. Et puis, la perspective de passer une nouvelle semaine avec mes deux joyeux compères et mon appétence quasi « maladive » pour ce genre de challenge ont fini par l’emporter.

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Dans l’après-midi, Jasper, le responsable de l’agence dont nous utilisons les services (recommandée par une jeune et jolie américaine rencontrée draguée au Serengeti), vient nous chercher à notre hostel, direction la petite ville de Moshi que nous atteignons après 2 heures de route.

mapVince, encore échaudé par les « accrocs » de notre safari, semble se détendre un peu à la vue de l’hôtel dont la nuitée est inclue dans notre package : pour tout backpacker qui se respecte, ne pas avoir à partager sa chambre avec plus de 2 personnes relève du grand luxe. Et puis dans ce cas précis, la vue sur les célèbres cimes enneigées de notre “adversaire” est imprenable.

P1020001En fin de journée, après m’être offert un moment de pure régression (je regarde … Le Roi Lion !), je me glisse sous la moustiquaire et me laisse tranquillement emporter par un lourd sommeil.

Mercredi 23 Octobre 2013 : Day 1

À 9h tapantes – qui osera parler d’African Time après ça ? -, un minibus vient nous chercher : à l’intérieur, Max, notre guide principal et … 8 autres personnes ! Un guide assistant, un chef-cuisinier, un « serveur » (???), et la bagatelle de 5 porteurs : le nombre s’explique (notamment par la limite imposée de 20kg de matériel par porteur) mais quand même : ça en fait du monde pour 3 Mzungus !

P1010782À l’agence, nous réglons le montant notre trek, 1000 dollars US par personne : un « budget » comme on dit mais surtout, en l’occurrence, un excellent deal. Pensez que sur cette somme, 690 USD sont consacrés à la seule entrée du parc du Kilimandjaro et que les 310 restants incluent le transport, 2 nuits d’hôtel (avant et après), 6 jours de nourriture, la location du matériel et les salaires du personnel impliqué !

La logistique étant réglée aux petits oignons, nous passons ensuite essayer notre équipement (le Kili, c’est jusqu’à -15°C donc on n’y va pas en tongs !), dans ce qui ressemble à une vraie caverne d’Ali Baba version trekking,

P1010777Avant de rejoindre, vers 11h, le point de départ de notre ascension, à 1800 m d’altitude.

Pour atteindre le sommet du Kilimandjaro, plusieurs routes sont possibles et notre choix s’est porté sur celle portant le nom de Machame. C’est supposément la plus scénique (d’où son surnom de Whiskey route), elle se réalise dans un temps raisonnable (6 ou 7 jours suivant les options, à comparer aux 9/10 jours de la Lemosho) et comporte une petite part d’aventure (enfin tranquille, j’suis pas Crocodile Dundee non plus) puisque les nuits sont passées en tente et non dans des huttes en dur (comme c’est le cas pour la Marangu, dite Coca-Cola route).

P1010787Après un déjeuner laissant augurer des talents culinaires de notre chef, nous nous mettons en marche à travers une forêt tropicale luxuriante. Il fait un temps superbe, la pente est douce et si ce n’étaient les porteurs qui nous dépassent à vive allure (ces hommes tout bonnement impressionnants forcent l’admiration), j’aurais presque l’impression de faire une balade dominicale à Fontainebleau.

P1010791P1010789Beurre sur la tartine, nos guides Max et Wenga s’avèrent d’excellente compagnie si bien que lorsque nous arrivons au Machame Camp (3000 m) après 3h30 de marche, j’ai le sentiment que nous venons à peine de décoller.

Sur le site, tout le monde s’active et c’est un vrai village qui se met en place : tandis que les guides briefent les randonneurs, les porteurs montent les tentes et les cuisiniers s’affairent aux gamelles (bah oui, y’a pas de fourneaux), laissant planer dans l’air des fumets auxquels mon estomac répond par quelques grognements affamés.

P1010796Alors que nous sommes en train de nous régaler d’un dîner 5 étoiles, Max vient contrôler, à l’aide d’un petit appareil de poche, notre rythme cardiaque et notre taux d’oxygénation. Je suis littéralement bluffé par son professionnalisme et son assurance qui contribuent à rasséréner mes compagnons d’aventure, inquiets à l’idée de s’attaquer à un joli monstre de 5895 m.

P1010798Après un bon thé dégusté à la lueur du ciel étoilé, je plonge dans mon sac de couchage et m’endors quasi instantanément.

Jeudi 24 Octobre 2013 : Day 2

A l’aube de ce jour marquant le crépuscule de mes 33 ans (bref, j’en ai maintenant 34), le Kilimandjaro, impressionnant, « fait son apparition »,

P1010803Bientôt suivi par son petit frère, le Mont Meru (4565 m).

P1010807Grand petit-déjeuner avalé, nous nous mettons en route sur les hauteurs de la forêt traversée la veille, ce qui nous permet d’apprécier pleinement le paysage. Vince et Ramsen, parfaitement à leur aise, enchaînent blague salace sur blague salace (ils feraient passer American Pie pour un film d’auteur), ce qui me vaut quelques bonnes crises de fou rire. Bien entendu, je ne surenchéris pas, je suis un poète moi Madame :).

P1010809Après 3 heures de marche, nous atteignons le plateau rocailleux de Shira et le camp du même nom où nous prenons nos quartiers, à 3840 m d’altitude.

P1010823Dans l’après midi, après une bonne sieste, nous procédons à une courte randonnée d’acclimatation jusqu’à 3900 m (comme en plongée, les paliers sont primordiaux),

P1010820avant de nous en retourner au campement. Alors que je tente de me débarrasser de la poussière tenace qui colle à mon petit corps que je croyais bronzé (au moyen du meilleur ami pour trekkeur : la lingette pour bébé), j’ai l’occasion d’admirer un superbe coucher soleil : les nuages, qui bordent le plateau, semblent presque accessibles et si ce n’était ma raison intacte, je pourrais presque croire qu’il est possible d’y marcher.

P1010832Dans la soirée, je laisse mes deux compagnons à leur discussion animée sur la gent féminine et pars esquisser quelques moves sur la piste du Kili Macumba Club, la discothèque du coin. Ah ah, une de mes meilleures blagues dis-donc : bref, je lis un peu et je me couche.

Vendredi 25 Octobre 2013 : Day 3

A l’aube de ce jour marquant le crépuscule de mes 34 ans + 1 jour (bref, j’ai maintenant 34 ans + 2 jours), le Kili n’a toujours pas disparu,

P1010836alors que nous prenons la direction, dans un paysage semi-désertique, de la « Lava Tower », une formation de roche volcanique située à 4630 m d’altitude. Les choses deviennent sérieuses et les polé-polé (doucement-doucement) de nos guides se font plus fréquents. Malgré tout, nous « explosons » une nouvelle fois les temps et atteignons notre destination après 2h30 de marche pour 4 prévues.

P1010850Nous prenons  un déjeuner rapide, agrémentés de quelques snickers (l’un des avantages du trek, c’est de pouvoir se lâcher sans culpabilité !)

P1010861avant d’entamer notre descente vers le Barranco camp, 680 m plus bas (4630 * Pi / l’âge du capitaine modulo 680 : bref à une altitude de 3950 m).

La descente, c’est mon dada et je ne me fais pas prier, comme à mon habitude, pour lâcher les chevaux : je finis par semer toute ma petite équipe … avant de devoir attendre Wenga pour résoudre un léger problème d’orientation ! Et après 51 minutes de course, nous arrivons au camp.

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P1010880Malgré tout, je reste un peu sur ma faim et m’offre donc une petite rando bonus sur les hauteurs d’une colline avoisinante d’où je peux constater la liliputie (bref, le côté minuscule) des tentes par rapport au décor environnant.

P1010891En soirée, faisant face à un sérieux mal de crâne (bah tiens, c’est bizarre …), je ne suis pas long à me coucher et à 18h30, j’éteins ma lampe torche.

Samedi 26 Octobre 2013 : Day 4

En ce jour 4 de notre périple, nous sommes les 1ers à décoller du campement et entamons l’escalade du mur de Barranco, imposant obstacle de roche qui se dresse sur notre chemin.

P1010891a P1010906Je suis de nouveau frais et dispo et suis sans problème l’allure imposée par Mike, ne m’arrêtant que  pour laisser passer les porteurs. La vision de ces jongleurs de l’impossible, jamais avares d’un sourire et transportant, parfois sur leurs têtes, des charges de 20 kg, est assez surréaliste.

P1010909En haut du mur, le spectacle, dominé par un Kilimandjaro de plus en plus proche, est impressionnant.

P1010913S’en suit une marche légèrement monotone (il fait froid et brumeux, on se croirait en Bretagne … Ca va les indépendantistes, je rigole !) et frustrante : on enchaîne les hauts et les bas, si bien qu’après 3 heures, lorsque nous prenons notre déjeuner au niveau du camp de Karanga, nous ne sommes qu’à 3930 m, soit … 20 m plus bas que notre point de départ !

P1010931Après 2h de grimpette supplémentaires, nous posons nos sacs au camp de Barafu (« Glace » en Swahili), un terrain plutôt inhospitalier, bordé par une impressionnante falaise : ne pas oublier sa lampe si on veut aller faire ses besoins en pleine nuit !

P1010936Dans la tente qui nous sert de cantine, Mike procède au dernier briefing : dès cette nuit, nous « tentons le sommet ». Il n’est que 17h30, mais tout le monde file au lit.

P1010943Dimanche 27 Octobre 2013 : Day 5

23h30 (ok, techniquement, on est encore samedi) : Charlie, l’assistant du cuisinier vient nous réveiller. En ce qui me concerne, pas besoin : je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Heureusement, mon corps semble en état de marche : je ne souffre d’aucun des symptômes du mal d’altitude (migraine ou maux de ventre), ce qui me permet d’avaler un petit quelque chose pour la route.

P1010946Au dehors, il fait un vent et un froid de tous les diables. Je me contorsionne dans ma tente pour enfiler, à la lumière de ma frontale, mes 22 couches de vêtements (en réalité, 3 pour le bas, 4 pour le haut, ajoutées aux 2 paires de gants et à ma balaclava). A l’arrivée, j’ai tellement gonflé que le bibendum Michelin paraitrait gringalet à côté.

C’est avec presqu’une demi heure de retard sur certains groupes (je distingue au loin quantité de points brillants mobiles me signalant leur avancée), que nous commençons notre ascension. La première partie du parcours est assez facile : mi grimpette, mi marche, elle se fait sans douleur et malgré un rythme qui me semble plutôt lent, nous doublons la quasi-totalité des personnes parties avant nous.

Dès la 2ème heure cependant, le terrain se corse : sableux et gravilloneux, il ne permet pas une progression aisée et je commence à souffrir. Paradoxalement (il fait -10 !), j’ai très chaud ce qui m’oblige à enlever ma balaclava pour pouvoir respirer, laissant ainsi le champ libre à un vent cinglant qui vient gifler mon visage.

Après 3 heures de marche, nous sommes supposément à mi-parcours, aux alentours de 5300 m d’altitude. Alors que nous procédons à une pause, je commence à sentir monter une violente nausée et un non moins agressif mal de tête. J’avale un ibuprofène mais me retrouve dans l’incapacité d’ingurgiter toute autre nourriture. Mes 2 compagnons, malgré l’évidente fatigue, font plutôt bonne figure.

Je continue tant bien que mal, m’appuyant de plus en plus mes bâtons de marche, tentant comme pour le Huayna Potosi de débrancher mon cerveau. Nous avons considérablement réduit l’allure mais chacun de mes pas me demande un effort colossal.

Après 5h30 de montée, le soleil commence à pointer le bout de son nez et nous atteignons le Stella point, à 5739 m d’altitude. Le terrain est un peu plus plat (façon de parler) mais je n’en ressens aucun soulagement : je progresse lentement, chancelant comme un zombie et laissant traîner sur le sol mes 2 bâtons de marche dont je ne tiens plus que la lanière. Tel un mirage inaccessible, le sommet m’apparait au loin.

P1010948Alors que Vince et Ramsen ne sont que quelques mètres devant moi, je ressens une vive  douleur dans la poitrine, tombe sur les genoux et sans avoir vraiment le temps de comprendre ce qui arrive, vomit violemment. Mike accourt vers moi, me relève et me soutient tandis que je continue, pris d’incontrôlables secousses, de me vider. 5  minutes qui me paraissent une éternité plus tard, la crise semble enfin passée mais je suis au bord du KO : quasi inconscient, je ne tiens plus sur mes jambes et le seul souhait que j’arrive à formuler sur l’instant est de pouvoir m’allonger et dormir.

Le bruit des marcheurs qui arrivent à notre hauteur me ramène à la réalité du moment et toujours sous la vigilance de Mike, je me remets en route. Une demi-heure plus tard, je touche enfin au graal : le Uhuru Peak, l’un des 3 sommets du Kilimandjaro. Le toit de l’Afrique.

En compagnie de mes 2 acolytes, je pose pour la symbolique photo. Reprenant peu à peu mes esprits, je commence à ouvrir les yeux : autour de moi, un décor tout simplement grandiose.

P1010953 P1010948 P1010951 P1010966 P1010961Mike, toujours aussi attentif, et craignant de nous voir rester trop longtemps à cette altitude, nous presse d’entamer la descente. Ce qui s’était avéré un calvaire quelques heures plus tôt se révèle maintenant un terrain favorable : tel un skieur, je glisse sur le sable et après moins d’une 1h30, je suis de retour au campement.

P1010978 Abrégeant les félicitations de l’équipe, je m’allonge dans ma tente. Quelques minutes plus tard, comme par miracle, le coriace mal de crâne qui ne m’a pas quitté depuis des heures disparait.

Nous prenons un déjeuner rapide et entamons notre descente vers le Mweka Hut, à 3100 m d’altitude. Libéré de toute douleur, je me sens littéralement revivre et j’avale sans souci les 3 heures de marche malgré le côté accidenté du relief. Motivés par la perspective d’une douche bien chaude et d’une bière bien froide, nous entamons la descente finale jusqu’aux portes du parc (que nous atteignons donc … avec un jour d’avance) après un total de 12h30 de marche pour cette longue journée. Ouf, c’est fini.

P1010986 P1010987 P1010994De retour à notre hôtel, je me fais l’impression d’un bédouin découvrant une oasis en plein désert. Et tandis que nous prenons – enfin propres – le temps de trinquer à notre succès, je commence doucement à apprécier. Jamais de toute ma vie je n’aurais eu autant l’impression d’aller au bout de moi-même et de mes forces qu’en cette journée du 26 octobre. C’était dur, pour ne pas dire violent, mais surtout, ça valait la peine : pour la beauté du paysage admiré et pour l’immense fierté ressentie après coup.

Fervent défenseur de l’alternance, je m’apprête désormais à troquer mes chaussures de randonnée pour des tongs bien légères et à passer quelques jours en bord de mer, allongé sur une serviette de plage. Et ça tombe bien car la Tanzanie compte dans ses rangs une île à priori sympathique :

Zanzibar.

Les photos du Kilimandjaro : ici

Comment terminer ce billet sans vous annoncer « LA » grande nouvelle, tombée alors que je revenais à peine de mon ascension : « Where is Fabien ? », ce bébé de bientôt 2 ans mêlant mes passions pour le voyage et l’écriture, a été sélectionné parmi plus de 300 postulants et compte parmi les 10 blogs short-listés pour la victoire finale aux Golden Blog Awards 2013 ! Plus qu’une récompense personnelle, j’y vois là la continuité de tous les messages de soutien et de félicitations reçus depuis le début de cette incroyable aventure et surtout, un formidable encouragement à continuer. Du fond d’un cœur qui ne saurait cacher son émotion : merci.  

2 Comments on “Le Kilimandjaro, c’est pas du gâteau (d’anniversaire) !”

  1. Jonathan Says:

    Avec quelques jours de retard, bon anniversaire mon pote et félicitations !
    Y a-t-il plus belle satisfaction que celle de donner le meilleur de soi-même ?