Les gorilles de Bwindi

Du mardi 5 novembre 2013 au jeudi 7 novembre 2013

Après une nuit sur un banc à l’extérieur de l’aéroport de Dar-El-Salaam (ça arrive …), 1h30 dans le ciel Africain, et finalement un court transfert en taxi depuis Entebbe, j’arrive à Kampala, 1,7 millions d’habitants, capitale de l’Ouganda !

Map KampalaUne étape non prévue dans mon parcours et qui s’est incrustée ni vue ni connue à l’occasion d’une rencontre improbable : il y a quelques semaines, alors que je suis en route pour la Tanzanie et procède à une escale en Ethiopie, je fais la connaissance d’un Ougandais, pasteur de son état (non non, je n’ai pas viré « mystique » !) : de retour de 3 semaines en Afrique du Sud, son enthousiasme à rentrer chez lui et son bonheur de revoir sa famille sont prodigieux. Il me vend tellement bien son pays que lorsque nous nous serrons la main pour nous dire au revoir, après seulement 5 mn, ma décision est prise et mon trajet chamboulé : adieu Zambie, bonjour Ouganda, la “perle de l’Afrique” ! Comme quoi, ça ne tient à rien…

P1020152Autant le dire tout de suite, Kampala a très peu d’attrait : polluée & embouteillée, elle ne comporte aucun intérêt touristique. Mon guide mentionne bien 2 ou 3 sites mais avec tellement peu d’entrain que je ne suis pas franchement motivé pour faire le déplacement, même à bord de l’un des nombreux taxis-moto qui sillonnent la ville à toute allure.

Je m’occupe donc en papotant longuement avec les jolies demoiselles que compte mon hostel et en organisant la prochaine étape de mon séjour, une visite aux gorilles des montagnes du parc de Bwindi. Et ce n’est pas une sinécure : la plupart des agences que je démarche à Kampala mentionnent des sommes astronomiques, environ 1500 USD pour 3 jours ! C’est finalement ma charmante dorm-mate indienne qui vient à mon secours en me fournissant le contact d’un opérateur situé à Kabale et proposant un tarif plus raisonnable. Ouf, ça m’aurait embêté de manquer  mon rendez-vous avec King-Kong !

Vendredi 8 novembre 2013

Au petit matin, je m’installe dans le bus opéré par la compagnie des postes, direction Kabale, au sud-ouest du pays.

Après une petite prière, orchestrée par le contrôleur du bus (c’est à la fois surréaliste et pas franchement rassurant …), nous nous mettons en marche. Une fois quittés les faubourgs de Kampala, le décor se verdit de manière surprenante (la température est quant à elle plutôt fraîche) et je respire à nouveau. Sur le bord de la route, au gré des villages traversés, les scènes de la vie quotidienne se succèdent – enfants en uniforme se rendant à pieds à l’école, femmes portant sur leurs têtes de lourdes charges de bois – pour atteindre parfois un niveau de cocasserie record !

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Après 9 heures de trajet et une traversée de l’équateur, j’arrive enfin à Kabale. Je suis immédiatement pris en charge par Seith, le gérant de l’agence de tourisme et fais la connaissance de mes compagnons d’aventure : une mère Danoise franchement marrante et ses deux enfants (enfin, ils ont la vingtaine passée). Nous nous mettons en route pour le Backpackers Lodge, en bordure de la « Forêt impénétrable de Bwindi », que nous atteignons après 3h d’«African Massage Road », comprenez une piste bien remuante !

Map BwindiDe l’auberge, la vue sur le parc, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, et ses 331 km² de jungle, est imprenable :

P1020160 P1020167 (5)Seith se révèle un conteur passionnant et c’est avec une attention redoublée que je l’écoute lors du dîner, alors qu’il évoque l’une des périodes noires de l’Ouganda, le « règne » dévastateur et meurtrier d’Idi Amin entre 1971 et 1979. Si le film « Le dernier roi d’Ecosse » m’avait particulièrement marqué, le récit de mon hôte me donne tout simplement la chair de poule. Alors que je me glisse sous la couette, je ne peux m’empêcher de penser que l’Afrique a décidemment une Histoire bien tourmentée.

P1020314Samedi 9 novembre 2013

De bon matin, nous rejoignons l’entrée du parc où les rangers procèdent à un briefing complet. Les gorilles des montagnes à dos argenté étant une espèce menacée (à peu près 800 spécimens au monde, la moitié résidant à Bwindi, le reste se partageant entre les forêts du Congo et du Rwanda voisins), les règles d’observation sont très strictes : nous ne sommes autorisés à « tracker » qu’un seul groupe spécifique (l’unité de division sociale de nos amis primates) et une fois celui-ci localisé, nous ne pourrons passer qu’une heure en sa compagnie. Ça fait cher les 60 minutes (le prix du permis étant de 350 dollars) mais bon, quand on aime …

P1020170 P1020172Après une 1ère heure de marche plutôt tranquille – nous naviguons sur un sentier bien marqué – nous bifurquons subitement à travers la jungle vierge : les ouvreurs (partis une demi heure avant nous) viennent d’avertir notre guide : ils ont localisé un groupe de gorilles. L’excitation monte, autant que la pente du terrain boueux sur le quel nous avançons péniblement. La végétation est dense et l’on se croirait vraiment sur le point de découvrir une nouvelle contrée.

P1020175 P1020178Après une heure supplémentaire, nous stoppons notre progression et notre guide requiert le silence. Je suis tellement aux aguets que j’en oublierais presque de respirer. Quelques secondes passent quand, à moins de 3 mètres de nous, un bruit de végétation qu’on écrase …

P1020188 P1020188 (3)Un mâle d’environ 220 kilos, étendu sur le sol, arrache avec des mains dont je ne voudrais pas recevoir une trempe, quantité de feuilles qu’il avale goulument. Il ne semble pas du tout gêné par notre présence et continue à s’empiffrer tandis que nous l’observons médusés. Alors qu’il finit par nous jeter un coup d’œil, je suis frappé par son côté … humain. J’ai beau savoir que nous partageons avec notre cousin primate 99% de notre patrimoine génétique, la sensation est étrange.

P1020188 (4)Mais bientôt, quelques branches écartées furtivement au dessus de notre ami laissent apparaître un bébé d’à peine 2 ans. Contraste saisissant avec son papa à l’air un peu las, le jeune gorille se lance dans un numéro proprement hilarant : suspendu, il se met à tourner, frapper sur son torse, pousser des cris, tout en jouant littéralement les poseurs pour nos appareils photo ! Il n’interrompt temporairement son numéro que pour rejoindre son géniteur (auquel il semble dire « Tu viens jouer Papa ? ») avant de revenir immanquablement vers nous. Imitant notre guide, je me tape sur la poitrine tout en poussant des cris, ce à quoi notre petit compagnon réagit bruyamment !

P1020230 P1020228 P1020287Totalement focalisés sur les pitreries de ce jeune clown à poils, nous en oublions presque les autres gorilles, une imposante femelle et un 2nd bébé mâle. Et alors que nous commençons à nous en approcher, notre guide nous signifie l’inéluctable : notre temps est écoulé et nous devons faire demi-tour. Comme tout le monde, je suis un tantinet frustré, tant j’aurais pu passer la journée à observer cette petite famille. 

Sur le chemin du retour, je m’amuse à faire le bilan de mes rencontres animales de ces 13 derniers mois : pingouins & baleines en Antarctique, orques, lions de mer & tortues géantes aux Galapagos, lions, zèbres, buffles & éléphants en Tanzanie. Et maintenant gorilles en Ouganda.

Un tableau de chasse aussi pacifique … que mémorable.

Toutes les photos : ici

3 Comments on “Les gorilles de Bwindi”

  1. Laurent Says:

    Ton blog est décidément une précieuse source d’informations pour des destinations qui trottent dans ma tête depuis déjà pas mal de temps. L’Ouganda en fait partie, mais le prix pour aller dire un petit bonjour aux gorilles semble en effet souvent assez délirant. Si c’est pas indiscret, tu t’en es tiré pour combien en plus du permis de 350$ pour cette journée ?

    • Fabien Says:

      Oui c’est un peu délirant comme tu dis ! D’autant plus que novembre étant la saison basse, le prix était réduit. En temps normal, c’est 500 USD et en janvier 2014, ça passe à 600 ! Toujours moins cher que les 750 du permis gorilles au Rwanda cela dit …

      Pour le budget complet, c’était donc : 350 USD (270 euros) pour le permis gorilles, 25 000 UGX * 2 pour l’aller-retour Kampala – Kabale (15 euros) et 230 USD (175 euros) pour le package proposé par l’agence et comprenant : transfert A/R Kabale – Bwindi et 2 nuits en pension complète dans le lodge sur les hauteurs du parc. Soit un total de 460 euros.

      C’est une sorte de budget intermédiaire je dirais.

      Le package le plus cher consiste à passer par une agence de Kampala qui t’arrangera aussi le transfert A/R depuis la capitale. Là c’est complètement n’importe quoi, les prix oscillent entre 1000 USD et 1500 USD. Apparemment, c’est le transport qui est cher.

      La solution la plus économique : aller en bus jusque Kabale, y dormir, au petit matin se rendre au parc (3H de route … Je ne connais pas le prix d’un transfert par contre mais surement moins cher que celui d’une agence), faire le tracking, et revenir dans la même journée.

      Voilà, j’espère que ça t’aide ! (et bientôt c’est moi qui te solliciterais, j’ai vu sur ton blog que tu avais été en Ethiopie, je m’y rends semaine prochaine !)