Il n’y a que Baïkal qui m’aille

Du 25/09/2018 au 28/09/2018 

Jour 1

Après 4 nuits et 3 jours dans le Transsibérien, me voici donc arrivé au petit matin à Irkoutsk (mot compte triple), 600.000 habitants et capitale de la Sibérie Orientale. Fondée en 1661, la ville bénéficie d’une situation géographique privilégiée, à 70 kms seulement du lac Baïkal, pour lequel elle sert de base d’exploration.

Map Irkoutsk

Autant vous dire qu’après cette longue période d’inactivité musculaire, j’ai autant envie de marcher que de mal à mettre mes petites jambes en route. C’est donc cahin-caha que j’arrive à mon hostel après trois quart d’heure de course d’orientation.

Le temps d’un café-discussion avec Daniel & Hadar, 2 jeunes Israéliens arrivant de Mongolie, d’une halte à l’office de tourisme, où je résiste non sans mal à l’envie de dépenser quelques roubles pour l’acquisition d’un Tee-Shirt I am a Siberian, et je pars visiter Irkoutsk.

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J’aspire à la facilité aujourd’hui et je me contente donc de suivre la Green Line Walking Route, un  parcours mis en place par les autorités touristiques de la ville (avec marquage au sol et petit livret associé, parfait) et qui donne l’occasion de de découvrir les principaux sites d’intérêt.

Si quelques églises & monuments valent effectivement le coup d’œil, la ville se distingue surtout par son architecture en bois typique dont subsistent, disséminés de ci de là, quelques spécimens représentatifs.

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Malgré tout, Irkoutsk me laisse assez vite le sentiment que son surnom de Paris de la Sibérie est un tantinet déplacé (Melun à la rigueur …) et après un détour rapide par la principale artère commerçante (d’un glauque mes amis, d’un glauque …), je regagne finalement mes pénates backpackeuses .

J’y compense ma relative déception du jour en bavardant avec mes nouveaux comparses autour d’un bon verre de vin rouge (français !).

Jour 2

La météo est foncièrement défavorable mais je décide néanmoins de rejoindre Listvianka, un petit village de pêcheurs situé sur les rives du Baïkal. J’y débarque après une heure de Marshrutka, sorte de minibus dans lequel vous mettez le pied profondément athée mais duquel vous ressortez infiniment croyant 😊

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Je prends le temps de visiter le marché aux poissons de la ville (où les étals d’Omoul, le poisson star du lac et cousin du saumon, sont légion) et de déguster un léger déjeuner sur la plage. Plus grande réserve d’eau douce non gelée de la planète (636 km de long par 60km de large pour 1637 m de profondeur !), le Baïkal me fascine instantanément (même s’il fait trop froid pour « tester » la légende selon laquelle toute baignade vous fait gagner 15 ans d’espérance de vie ou y plonger pour admirer la faune qui lui a valu le surnom de Galapagos de la Russie).

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Mon permis pour le parc national de Pribaikasky en poche, et me voici lancé sur le Great Baikal Trail, un réseau de sentiers de randonnée serpentant autour du lac. Si mon planning ne me permettra pas d’en couvrir le quart du tiers du huitième (à vos fractions), je compte néanmoins rejoindre son point le plus haut, à 400m au dessus du niveau du lac et situé à 2h30 de mon lieu de départ.

Il pleut désormais de manière abondante, mais dire que  je m’en fiche serait un euphémisme : le chemin monte assez pour me faire grimper le palpitant (je dois avoir un problème pour aimer souffrir comme ça 😊), la forêt que je traverse a revêtu ses plus belles couleurs automnales et, mozzarella sur la tomate : je suis seul ! Orgasme.

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Oui je sais je sais, ça fait un peu associable dit comme ça, mais après plus de deux semaines dans un flux touristique relatif, je ressens le besoin impérieux de m’en extraire. Bon « rassurez-vous », on me dit souvent que je ne suis pas seul dans sa tête, et ça me fournit toujours intrinsèquement quelques compagnons à qui faire la conversation.

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Après 1.30 de gambade, le chemin se remets à descendre et un léger doute m’assaille : emporté par mon élan contemplatif, je me suis contenté de suivre le sentier principal. S’en suis un petit dialogue intérieur que je vous rapporte de mémoire :

  • Moi n°1 (le Cartésien) : « Aurait on manqué un embranchement ? »
  • Moi n°2 (le Raisonnable) : « Il serait peut être prudent de faire demi-tour »
  • Moi n°3 (l’Intrépide) : « On s’en fout, on continue»
  • Moi n°1 : « Quand même, on ne voit pas le lac »
  • Moi N°2 : « D’après mes calculs, la nuit tombe dans 2h30, sachant qu’on a déjà marché 1h30 … »
  • Moi n°3 : « Vous en voulez une ? »

Et de poursuivre ma route en vertu de la directive Amina : « c’est le dernier qui a parlé qui a raison, de toute façon » (je vous laisse réfléchir sur cette haute référence culturelle)

Une heure plus tard, j’échoue sur une petite crique (alors là je vois bien le lac évidemment) que je parcours le temps de quelques photos.

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Tandis que Moi n°1 et Moi n°2 font les gros yeux à Moi n°3 qui n’en mène pas large, je réalise que je n’ai vu aucun balisage depuis le début de mon parcours. Je me décide donc à rebrousser chemin et reviens à mon point de départ 2 grosses heures plus tard. Je déambule – frigorifié je l’avoue – sur le port en attendant ma Marshrutka pour Irkoutsk  …

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… et suis de retour à mon auberge en début de soirée. Un apéro franco israélien et quelques bonnes crises de rire plus tard,  mon corps a retrouvé une température nominale de 37° et mon esprit son côté tête de mule.

C’est décidé, demain, je retourne à Listvianka, y a pas moyen de moyenner.

Jour 3

Faut-il y voir un signe divin, le soleil est aujourd’hui de la partie et alors que je me retrouve à l’orée du parc national, au même endroit qu’hier et quasi à la même heure, l’ambiance colorimétrique est tout simplement fantastique.

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J’ai fait quelques recherches sur internet la veille et je sais que je me dois d’être attentif après 4/5 kilomètres de randonnée : je suis censé emprunter un sentier sur la droite de mon sens de marche. Et effectivement … Après une heure … Non mais sérieux, un petit panneau n’aurait pas été de trop non ? (Je vous laisse trouver, chacun son tour)

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Plus léger mais pas moins court vêtu, je poursuis donc mon exploration et il ne me faut pas plus de 30 minutes supplémentaires pour voir mon sens de l’orientationobstination récompensé. J’aperçois « mon » sommet (oui, c’est mon mien), que j’atteins presque en courant. D’en haut, la visibilité est parfaite et le panorama absolument sublime. Sous la pluie de la veille, il est vraisemblable que cela n’aurait pas été la même limonade (Comme quoi, on peut trouver une raison à tout).

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Le lac en contrebas me paraît trop loin pour faire l’aller retour : je profite donc pleinement de l’instant pour me rincer les mirettes et faire quelques incantations (le Baïkal est après tout un lieu sacré du Chamanisme) aux dieux de la rando (St Décathlon) et du voyage (St Routard).

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Pour sûr, si j’avais eu l’équipement nécessaire (et un visa russe plus long que 30 jours !), j’aurais effectué la randonnée de 72 heures menant jusqu’au village de Bloschoye Golutsnoye (atchoum). Mais il est déjà temps de rebrousser chemin et le port de Listvianka, que j’atteins sur les coups de 17 heures, m’offre en compensation une conclusion des plus photogéniques à ce court séjour.

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