Olkhon est bien sur cette île !

Du 28/09/2018 au 01/10/2018 

Jour 1

Après 300 km d’une route à rendre dépressif tout agent DDE un peu consciencieux (heureusement on sait que c’est rare), une courte traversée en ferry et de nouveau quelques dizaines de lieues sur une piste rocailleuse, j’arrive à Khoujir, 1500 âmes, et « capitale » de l’Île d’Olkhon. Me voici donc enfin sur les terres que beaucoup considèrent comme le cœur du lac Baïkal.

Olkhon

Si, comme tous ceux que j’ai effectués depuis mon arrivée en Russie, le trajet s’avère physique (on hésite entre la panique, le lâcher prise, ou l’injection de produits stupéfiants), il est surtout l’occasion d’une rencontre haute en couleur. Lion, un jeune Russe que l’absorption régulière de whiskey-coca rend particulièrement volubile, met l’ambiance pour le plus grand plaisir de notre équipage international.

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A Khoujir, je prends mes quartiers à la GuestHouse Nikita, la plus fréquentée de l’île. Il n’y a pas vraiment d’auberge sur Olkhon et les pensions complètes sont la règle. Celle de Nikita, qui est la plus ancienne, occupe un certain nombre de maisons en bois dans le village et l’on y sert une cuisine résolument biologique dont je me régale au cours de mon 1er dîner.

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Je finis ma soirée au « Bistro Français », un établissement situé au cœur du complexe de Nikita et doté d’une décoration très parisienne. Le personnel, qui doit voir arriver avec un certain soulagement la fin de la saison, est particulièrement accueillant ; autant dire que toutes les conditions sont déjà réunies pour que je me sente comme à la maison.

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Jour 2

Réveil très matinal, et première décision, alors que mes yeux se croisent encore jusqu’à me donner de faux airs de Joe Dassin : j’explorerai Olkhon par mes propres moyens et ne souscrirai pas aux tours touristiques, dont les deux plus empruntés permettent en 48 heures de balayer les attractions du nord et du sud de l’île. Il est libre Fab.

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Barbe tout juste peignée, j’effectue mon 1er stop de ma matinée, près de l’une des 9 places sacrées d’Asie, les rochers du Shaman (aussi appelé Cap Burkhan), situés juste derrière ma pension. Le lac, tandis que le soleil se lève, révèle déjà toute son immensité.

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Je décide de remonter la rive occidentale, vers le nord, en longeant la plage. Plus que jamais, le Baïkal semble propice à la contemplation, comme si ses eaux profondes et cristallines permettaient à chacun d’y sonder le reflet de son âme… Ah ah, non mais calmez vous, c’est juste très beau.

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Alors que le soleil tape plus fort qu’anticipé par le narrateur et que ce dernier, tel un oignon au régime, se déleste peu à peu de ses couches de vêtements, je réalise que mes provisions en eau sont un peu limitées. Certes, celle du Baïkal est supposée potable mais afin de limiter les risques, je privilégie un court arrêt dans le village de Kharantsy.

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Of course, je vous dis ça comme si je connaissais le plan de l’île par cœur, mais la vérité : j’ai bien de la chance de tomber dessus par hasard et c’est ravitaillé comme un bédouin hypoglycémique à l’assaut d’un col de l’Atlas que je me remets en route. Sur mes basques, un nouveau compagnon, qui sera à l’origine – je ne m’en doute encore évidemment pas – du climax de cette journée. Allez viens dire bonjour Douchka !

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Cela fait déjà bien 3 heures que je marche sans discontinuer et à part quelques bovins un peu surpris par ma présence, je ne croise guère âme qui vive. Je distingue au loin la poussière soulevée par les mini-bus touristiques qui filent à toute vitesse vers le cap Koboy, à 50 km de Khoujir. Je sais bien entendu que pour ma part je ne l’atteindrai mais je n’en ressens aucune frustration. Le concept d’ « immanquable » m’a toujours profondément agacé et aujourd’hui plus encore je privilégie le voyage à la destination. Là en revanche, ne rigolez pas, je suis sérieux.

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Vers 14h, me voilà rendu à la pointe de ??? (impossible de retrouver le nom,  mais c’est en face de Khalgaï), dont l’avancement sur le lac me permet de distinguer sans problème l’extrémité Nord de l’île. Le panorama est juste étourdissant, je dégaine pour la 128ème fois des la journée mon appareil photo dont la batterie décide – moment particulièrement opportun – de tomber en rade (J’immortalise la scène avec mon portable à 59 euros mais plus pour la forme, vu la qualité déplorable de ce dernier)

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Tout encore à mon énervement, j’entends au loin Douchka aboyer comme jamais depuis qu’elle a commencé à me suivre depuis maintenant 4h. Alors que je me rapproche, je constate qu’elle s’est mise en tête de mener la vie dure à un troupeau d’environ 25 moutons en train de paître tranquillement à quelques encablures de là.

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Les pauvres bêtes, toutes à leur panique, effectuent depuis maintenant quelques minutes des allers retours d’équilibristes en bordure d’une falaise haute de 20m, au gré des aboiements sadiques de mon compagnon canin, quand l’un d’entre eux – appelons le Michel – dévie légèrement sa course pour revenir vers le centre de la plaine.

Wait for it.

Je n’y prête guère attention jusqu’au moment où je réalise que la trajectoire décrite par Michel est étrangement circulaire. Quelques secondes plus tard, le voilà donc à courir à toutes zingues en direction de la falaise. Je me fige complètement, refusant de croire à l’inéluctable.

Wait for it.

Et pourtant, Michel, comme de son plein gré, saute dans le vide. J’aperçois bien pendant quelques minutes sa tête hors de l’eau, mais le temps que je rejoigne la plage en contrebas, plus aucune trace du mouton cascadeur.

Trop plein de confiance, suicide, l’histoire ne le dira jamais. Mais big up Michel le Mouton, t’es vraiment sorti avec classe.

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Il est déjà 15h et j’amorce mon retour vers Khoujir (Sans Douchka, qui semble résolue à constituer le stock de son 1er kebab). Je décide cette fois de suivre la route principale pour parer à toute tombée précoce de la nuit (j’ai quand même prévu ma frontale au cas où !) et ce n’est qu’une fois les rochers de Chaman en vue que je rejoins la plage pour les quelques kilomètres restants.

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Je les effectue en compagnie de Martin, un Argentin rencontré dans le bus la veille et que je croise par hasard. Nous discutons une bonne heure de voyage, de son tour du monde, et les questionnements auxquels il semble faire face me rappellent sans conteste les miens à l’orée de mon 1er grand voyage.

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Nous rejoignons Khoujir sous un fantastique coucher de soleil et après avoir salué Martin, je regagne la pension Nikita. Je suis littéralement fourbu – 11h de marche, ça calme un homme – et je ne me fais pas prier pour avaler double ration de tout ce que le fabuleux buffet de la Guesthouse peut proposer.

En soirée, je rejoins 3 jeunes voyageurs français  (la plus jeune d’entre elle a 19 ans, j’ai donc le double de son âge ! Mange ta claque) au Bistro Français pour un moment détente autour de quelques jeux de société et d’un peu de houblon. Michel le Mouton, dont je m’auto-élis biographe officiel, au moins pour les derniers instants de sa vie, reçoit un hommage ému.

Jour 3

Après avoir effectué une boucle vers le nord et « exploré » une partie de la rive occidentale du Baïkal, quoi de plus logique, en ce dimanche matin, que de me diriger vers le sud pour tenter de rejoindre la rive orientale. J’ai 3 litres d’eau, ma lampe torche, aucun serial killer canin à mes côtés : go.

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Le parcours se révèle d’emblée plus aride et ce n’est qu’après deux heures de marche que j’atteins le bord de la forêt de pins aperçue au loin depuis le matin. Tel un étudiant en veille d’examen, j’ai vite fait bachoté la carte de l’île et je sais qu’il me faut la traverser pour atteindre la côte.

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C’est donc confiant que je m’y engage, et si le paysage ne m’offre pas la même diversité que la veille, j’en profite pour élaborer mes différentes options pour l’après Russie. Je devais initialement aller en Chine, mais je me tâte désormais – modulo la variante typhon – à rejoindre le Japon. Ou directement le Népal. Ou l’Auvergne. Bref, je ne sais pas.

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Après 3 nouvelles heures de randonnée qu’on pourrait qualifier de Bellifontaine, toujours pas de trace de lac. Le relief accidenté et boisé ne m’offre que peu de visibilité et je n’ai finalement pour boussole que mon seul instinct. J’hésite vraiment à faire demi tour (se faire coincer par la nuit en plaine ou en forêt, c’est pas la même musique) quand j’aperçois au loin, entre deux montagnes, une couche nuageuse.

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Je m’élève un peu (dans un paysage de pins morts, couchés par les vents) pour constater que cette dernière est anormalement basse et « tilte » quasi instantanément : quoi d’autre qu’une énorme masse d’eau à proximité pour générer ces nuages ? Je redescends en courant et enclenche le mode grand plateau – petit pignon. Il est déjà 15h, je marche depuis maintenant 6h (sans pause), quand, au bout d’un dernier virage … Shérazade, ne vois tu rien qui bleuoie ?

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Partagé entre le soulagement et l’extase, j’arrive au bord d’une petite crique et lâche un bon gros cri,  sous les yeux éberlués des quelques campeurs présents. Il est déjà tard, je sais que je vais rentrer à la lueur de ma lampe torche, alors pour perdu pour perdu, je prends quelques minutes et quelques clichés.

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Alors que je me remets à nouveau en route, mes muscles tiraillent fort : j’en suis à 75 km de marche en 24h, il m’en reste une 30aine à parcourir, et je commence un peu à souffrir. Comme la lucidité est toujours maximale dans ce moments là, je prends une décision qu’aurait sans doute validée Michel le Mouton : je ne retourne pas sur mes pas et décide de prendre un chemin différent.

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Après une nouvelle demi-heure de gambade, où là franchement, je commence à me dire que j’ai fait une belle grosse bourde, j’entends derrière moi un bruit de moteur. Quelques instants plus tard, un rutilant 4X4 s’arrête à ma hauteur. Autant vous dire que je ne tergiverse pas plus d’une micro seconde quand ses occupants, Andreï et Natacha, me proposent avec force mimiques de me prendre en stop.

Une nouvelle demi heure (franchement, j’y serais arrivé, mais mort de fatigue), et mes hôtes-mobiles, qui rentrent sur Yalga, me laissent à environ 15km de marche de Khoujir. Moult Spasiba Balchoï, je les quitte régénéré par ce petit coup de pouce du destin et telle une Laure Ingals sous amphétamine, je me mets à couper à travers steppe au petit trot.

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Alors que j’arrive en vue de Khoujir, le soleil a déjà nettement baissé, et c’est en spectateur privilégié que j’assiste à son coucher. Je ralentis mon rythme pour profiter au maximum de ces derniers instants et la nuit est déjà bien noire quand je rejoins finalement ma guesthouse.

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Après une nouvelle soirée avec mes jeunes compères français, je me couche, aussi épuisé par l’effort physique qu’enchanté par ces 2 jours sur Olkhon, 2 jours qui auront de très loin dépassé mes attentes. La beauté des lieux, combinée avec la manière dont je les ai exploré, auront contribué à rendre ce séjour inoubliable. Avec la clef une certitude qui s’ancre désormais en moi : j’y reviendrai.

Mais en attendant, place à la dernière ligne droite de mon épopée Russe. Dès demain je rentre sur Irkoustk d’où je prendrai le train.

Direction ?

Vladivostok !