Vers le camp de base de l’Annapurna (épisode 1/3)

Du 10/11/2018 au 19/11/2018

Jour 0

Après 7h d’un trajet en bus bien sportif depuis Katmandou (ou comment l’état de la route vous permet de redéguster tranquillement votre repas de la veille 😊), je débarque à Pokhara, au pied du grandiose et majestueux et mystérieux et ouah-là-là massif des Annapurnas*.

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Le Népal, pour le marcheur passionné que je suis, c’est évidemment le nec plus ultra. Si les possibilités sont infinies (Everest, Mustang … Que de douceur à mes oreilles …), mon choix s’est assez vite porté sur le Trek dit de l’Annapurna Base Camp (ABC).

D’une durée de 10 jours, il est compatible avec mon futur emploi du temps Océanien et son altitude maximale de 4130m doit permettre d’éviter tout problème d’acclimatation. Surtout, il est réputé comme l’un des plus scéniques et au-delà du challenge physique, j’ai bien envie d’en prendre plein les mirettes moi.

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Au départ de la capitale, j’ai fait la connaissance de Bishnu, mon guide Népalais, et c’est lui qui m’oriente vers mon hôtel, au centre de Pokhara, avant de me dispenser (dans un anglais à couper au couteau) les dernières consignes. Point de temps pour le tourisme aujourd’hui : dès demain, les choses sérieuses commencent et j’ai vraiment en hâte d’en découdre.

* Le nom est associé à celui de la déesse Indoue Parvati, la « femme de la montagne »

Jour 1

Levé à 5h du matin après une excellente nuit, je fais, défais et refais mon sac afin d’optimiser la charge que mes épaules devront supporter pendant le trek. J’ai en effet décidé de me passer des services d’un porteur (je garde un souvenir assez perturbant à ce niveau là de mon ascension du Kilimandjaro) pour véhiculer un sac dont le poids finit par atteindre 15kg eau comprise.

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Charlie ne fait pas partie du voyage, et il boude …

Une nouvelle heure de taxi digestif, et nous voici arrivés à Nayapul, point de départ officiel du trek, où je retrouve la majorité des personnes croisées dans le bus la veille. Formalités d’enregistrement réglées, nous (aka mon guide et moi) nous mettons en route sous un ciel relativement couvert. Avec mon sac de couchage bancalement arrimé sur le dos, j’ai vraiment des allures de sherpa !

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Au village de Birethanti, le chemin s’écarte enfin de la poussiéreuse piste automobile et les 1ères terrasses de culture apparaissent. Nous traversons des forêts de bambous, quelques ponts suspendus, pour atteindre, après 2 heures de marche (agrémentées de nombreuses pauses auxquelles je n’ai pas l’habitude ; mais ce n’est pas moi le maître du temps 😊), le village de Hille.

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Le chemin, relativement plat jusque là, se met subitement à grimper après la traversée de la rivière. Et quoi de mieux pour monter en altitude que les escaliers de pierre tant éprouvés en Corée ! Malgré les « no rush mister, no rush » distillés par Bishnu, j’éprouve vraiment le besoin de « suer » un peu et j’accélère.

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Au milieu de mon ascension, je suis subitement refroidi par la vision d’un trekkeur « évacué » sur le dos d’une mule. Touché à la cheville, il ne peut plus poser le pied par terre et son visage porte les stigmates d’une profonde déception. Un bon rappel à l’ordre pour moi qui a tendance à transformer chaque rando en compétition. On en a pour 10 jours, rien ne sert de courir.

2 heures et 3300 marches plus tard, après avoir notamment traversé le village de Tikehdunga, nous arrivons à Ulleri, à une altitude de 2010m. Mon guide se met en recherche de notre logement du soir et nous finissons par établir nos quartiers dans une charmante teahouse où j’ai une nouvelle fois plaisir à retrouver bon nombre de têtes connues.

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Dahl bat avalé, dents brossées et vêtements thermiques enfilés, je m’enfonce dans la douceur plumée de mon sac de couchage (il est au moins 19h50). Même si les paysages entre-aperçus n’ont rien eu de « fou-fou », je suis littéralement ravi par cette 1ère journée de chauffe et surtout rassuré par ma capacité à trekker chargé (je parle de ce que je porte sur le dos, pas de l’éventuelle ingestion de produits stupéfiants) .

Bref, vivement demain !

De Nayapul (1070m) à Ulleri (2010m) / Temps de marche : 4h. Dénivelé : +940m

Jour 2 

Je ne vais pas vous mentir.

Entre l’option : me réveiller à Paris, avaler en vitesse un café (instantané) au lait (de soja, vanille, bio), et m’engouffrer dans le métro avec la perspective de m’asseoir 8 heures derrière un ordinateur. Et l’option : me lever au milieu du Népal, déguster tranquillement un consistant petit-déjeuner, tout en contemplant avec émerveillement les 7219 m de l’Annapurna South …

Mon choix est vite fait 😊

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Vers 7.30, nous reprenons doucement notre ascension à travers une épaisse forêt aux fausses allures tropicales. Les buffles domestiqués, les convois de mules transportant denrées et autres produits, et les Népalais emmenant leurs enfants à l’école, sont là pour rappeler à certains touristes (pas forcément occidentaux d’ailleurs) que les chemins empruntés ne sont pas que des voies dévolues au trekking.

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Quelques cascades, ponts, et marches plus tard, nous traversons les villages de Nanghetanti, Ghorepani (littéralement « Cheval Eau », c’est une ancienne station d’approvisionnement en eau potable pour les convois muletiers) puis atteignons notre destination du jour, Upper Ghorepani (2750m), où pullulent lodges et autres guesthouses.

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Il n’est que 11.30 et malgré ma (nouvelle) philosophie de prudence pédestre, je suis un peu sur ma faim. Délesté de mon sac et rempli d’un déjeuner rapidement avalé, je pousse donc mon effort du jour jusqu’à Poon Hill (3210m), à une trentaine de minutes de marche.

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Je dois y retourner le lendemain matin pour le lever du soleil (c’est en fait le point d’orgue d’un trek plus court portant le nom de « Balcon des Annapurnas ») mais la météo déclinante commence à me faire craindre des conditions de visibilité très moyennes. L’Annapurna South ne laisse déjà plus apparaître que sa pointe.

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En soirée, je fais la connaissance d’un groupe de français à la jovialité plutôt sonore que je quitte bientôt (après un verre pour moi, beaucoup plus pour eux) , en prévision de l’ascension matinale du lendemain. Levé avec les poules, couché avec les poules !

De Ulleri (2010m) à Upper Ghorepani (2870m). Temps de marche : 4h. Dénivelé : +860m (+1200m, en comptabilisant l’ascension vers PoonHill)

Jour 3

Debout à 4h30, j’enfile mécaniquement mes 26 couches de vêtement pour parer au froid. Je m’équipe de ma frontale avant d’entamer, à la suite de mon guide, l’ascension vers PoonHill. Dans le ciel nocturne, aucune étoile n’est visible, ce qui laisse présager une épaisse couche nuageuse.

Au sommet à 5h, nous patientons dans un froid glacial (ça me rappelle mon ascension du Barù au Panama !) alors que les autres randonneurs commencent à affluer. Vers 6h, une pâle lumière diurne commence à faire son apparition, révélant un spectacle simplement stupéfiant.

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Bref, on ne voit rien !

Alors oui oui, mère Nature, tout ça tout ça, il faut accepter, on ne maîtrise pas, respire, mange de l’encens et fais du yoga, mais non en fait. A ce moment précis, je suis comme un gosse à qui on a promis le dernier Transformers pour Noël et qui se retrouve au pied du sapin avec une orange enveloppée dans du papier de soie : j’ai grave les boules*.

Nous redescendons donc assez vite et alors que le vent se lève et que le ciel se dégage un peu, mon humeur s’éclaircit : au loin, l’Annapurna et ses 8091m montre enfin le bout de son nez et je retarde au maximum notre en mise en route (malgré les injonctions répétées de Bishnu) pour profiter de la vue.

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La montée vers Thapla (3165m) se fait dans le brouillard le plus total, et alors que nous entamons une longue partie descendante à travers la forêt, franchissons les villages de Bhantanti, de Tadapani (où je prends un déjeuner avec vue), puis atteignons notre destination du jour, Chuile, il se met à pleuvoir et j’ai un coupable moment de distraction. Résultat : une cheville à l’équerre. Quand ça veut pas, ça veut pas !

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Je retrouve un peu le sourire en soirée en sacrifiant à une partie de cartes avec Victoria, une Brésilienne rencontrée dans le bus pour Pokhara, et en papotant avec une triplette de randonneurs Australiens aussi frustrés que moi par la météo.

Appelons ça pudiquement une journée de transition 😊

De Upper Ghorepani (2870m) à Chuile (2245m). Temps de marche : 5h. Dénivelé : -625m (-285m en comptabilisant l’ascension vers PoonHill)

* Je vous invite à ce titre à regarder quelques images sur internet du site par temps clair afin de comprendre l’ampleur de ma frustration !

Jour 4

Un instinct assez bizarre me pousse à ouvrir les mirettes bien avant le lever du jour en ce 4ème jour de mon trek Népalais. Il fait encore nuit noire et légèrement frisquet lorsque je pointe le bout de ma barbe frisottante au dehors et effectue quelques allers retour sur terrain plat afin de « tester » ma cheville endolorie. 1er motif de satisfaction de la journée, tout va bien !

La seconde, si ce n’est principale, raison de se réjouir, ne tarde pas à me sauter aux yeux : le ciel est clair et le soleil, qui se lève lentement sur les collines, agit comme un projecteur cinématographique. Tel un spectateur attendant fiévreusement le lever de rideau, je fixe mon regard sur la scène montagneuse quand apparaît au loin, tout drapé de blanc, le Machapuchare.

Avec son double sommet en forme de queue de poisson (c’est d’ailleurs la traduction de son nom), c’est certainement le plus identifiable des sommets du massif des Annapurnas. Malgré son élévation moindre (bon, on parle quand même de 6993m) en comparaison de celle de ses acolytes, sa contemplation me procure une bonne grosse dose d’émotions.

Majestueux*.

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Alors que nous nous mettons en route après un petit-déjeuner rapide, le ciel se couvre à nouveau légèrement (la dynamique météorologique semble très déterministe : clair le matin, puis de plus en plus couvert au fur et à mesure de la journée) mais je n’y prête guère attention, tout encore à mon émerveillement matinal.

Le terrain est essentiellement descendant (définitivement, je préfère la montée !) jusqu’au village de Gurjung : c’est l’occasion de traverser quelques rivières, de longer les innombrables terrasses de culture, et d’apprécier à sa juste valeur la délicieuse routine du mouvement lent.

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Peu après Chhomrong, 10 minutes d’escaliers nous amènent au point le plus bas de la journée, la rivière Chhomrong Khola (1860m) que nous franchissons sur un nouveau pont suspendu, avant d’entamer une remontée ardue sur le flanc de colline opposé. 2h de gambade supplémentaires (il dit qu’il commence à fatiguer), et nous arrivons enfin à Sinuwa, notre terminus du jour.

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Une douche bien froide, quelques papotages avec mes compagnons trekkeurs et me voilà bientôt barricadé dans mon sac de couchage alors qu’à l’extérieur, de gros nuages noirs s’amoncellent. Sombrant lentement dans un sommeil que j’espère récupérateur, je n’accorde pas la moindre importance à la pluie qui commence à tomber.

Une météo qui sera pourtant à l’origine de mes 2 jours de treks les plus intenses.

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De Chuile (2245m) à Sinuwa (2340m). Temps de marche : 5h. Dénivelé : +95m (Un dénivelé absolu à décomposer en -385m / +480m)

* Et d’autant plus mystérieux lorsque l’on sait qu’il est, de par son caractère sacré, interdit aux alpinistes