Vers le camp de base de l’Annapurna (épisode 2/3)

Du 10/11/2018 au 19/11/2018

Jour 5

Alors que le soleil darde ses 1ers rayons sur le village de Sinuwa, et que j’étire mes gambettes dans la fraîcheur matinale, mes yeux encore lourds d’une nuit à demi reposante finissent par s’ouvrir en grand devant le spectacle qui s’offre à moi.

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Avec le temps nuageux de la veille, j’avais totalement occulté ce que la vision du Hiunchuli (6441m) et du Machapuchare me rappelle instantanément : notre plongée imminente au cœur du massif des Annapurnas.

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Malgré la perspective alléchante de « toucher au but », certains de mes compagnons d’aventure, qui malades, qui déjà en proie au mal d’altitude, décident de faire demi-tour et nous nous quittons sur la promesse d’une cervoise bien tiède à Pokhara quelques jours plus tard.

La route à travers les villages de Bamboo (2310m) et de Doban (2500m) est l’occasion de clichés Facebookiens et de la rencontre inattendue avec une famille de singes Langurs. Tout fasciné que je suis par les sommets environnants, j’en avais presque oublié la présence d’une vie animale !

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Quelques traversées de rivières en mode équilibriste, et nous replongeons pour un instant dans une épaisse forêt de bambous avant de déboucher sur le bien nommé village Himalaya (2840m). Petite pause bien méritée et dégustation de mon 42ème Milk Coffee de la journée.

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Je suis tout occupé à ré-harnacher mon sac à dos sur mes épaules quand un détail me frappe : le village est anormalement bondé. Quelques mots avec un voyageur Norvégien déjà croisé la veille me fournissent alors le motif de cette agitation ambiante : dans la nuit, une violente tempête de neige s’est abattue sur le camp de base de l’Annapurna !

Plusieurs marcheurs se sont retrouvés bloqués, une ressortissante chinoise a du se faire hélitroyer, et dans la matinée, des avalanches se sont déclenchées sur le tronçon Deurali –  Machapuchare Base Camp, à 1h de de notre position. Pour cette raison, de nombreux touristes choisissent de faire demi-tour, ou de patienter une journée.

Bishnu, mon guide, décide alors de pousser jusque Deurali pour y passer la nuit. Quelques hectomètres après notre départ, le sol est déjà passablement enneigé. Les passages verglacés, notamment sur les marches, sont l’occasion de nombreuses glissades et ralentissent fortement notre ascension.

Malgré tout, le panarama splendide me fait oublier une petite appréhension naissante.

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1h30 après notre départ d’Himalaya, nous arrivons à Deurali. Seul hic : les lodges sont prises d’assaut par les trekkeurs et leurs guides qui jugent la traversée trop risquée. Aucune place, ne serait-ce que pour dormir dans la cuisine !

Alors que nous pénétrons dans la salle commune d’une guesthouse pour prendre notre lunch, la tension est palpable. Une quinzaine de trekkeurs est attablée, et la discussion tourne uniquement sur la possibilité de rallier en sécurité le camp de base du Machapuchare.

Les risques d’avalanche et de glissement de terrain sont élevés, accentués par le soleil qui a frappé les flancs montagneux toute la matinée. En 2002, trois allemands y sont décédés et les évacuations sont régulières. Un rapide coup d’œil à mon guide de voyage m’apprend que l’ABC est le seul des grands treks touristiques à comporter ce genre de risque.

Attablé devant mon dahl-baht, j’interviens dans le débat qui a lieu et très vite on me pose la fatidique question : «Tu y vas ?». Alors que je hausse les épaules, comme pour signifier muettement que je n’en ai pas la moindre idée, Bishnu vient se poster derrière moi : « Ne traîne pas trop, on va devoir monter».

Quelques minutes plus tard, j’ai à peine touché à mon déjeuner mais je me lève donc, sous les regards incrédules de mes nouveaux compagnons. Je suis quant à moi partagé entre crainte, confiance et … excitation.

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Nous entamons notre traversée sur une épaisse couche de neige. La gorge, étroite, entourée de pics majestueux, est d’une fascinante beauté. Mon guide garde ses yeux fixés sur le flanc ouest : derrière, invisible, les pentes fondantes du Hiunchuli sont celles d’où peuvent venir le danger.

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Bientôt, le sentier n’est plus visible et je m’efforce de caler mes pas dans ceux de mon guide qui a considérablement augmenté la cadence. Pour cause, nous avons pénétré dans la zone à risque et le résultat des différentes avalanches matinales est impressionnant.

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Après quelques minutes de marche, un bruit assourdissant retentit : je lève instinctivement la tête pour voir un léger filet de neige se mettre à glisser du versant. Bishnu se retourne mais son « it’s ok, it’s ok » qu’il accompagne d’une nouvelle accélération me paraît déjà sur le coup un brin schizophrène.

Une heure plus tard, après une progression rendue difficile par la neige molle, alors que j’ai les pieds définitivement trempés, mon guide stoppe à nouveau sa progression, se poste devant moi et fait mime de me taper dans la main : « We made it ! ». Devant son visible soulagement, c’est donc à postériori que je prends le plus peur.

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Alors que nous marchons depuis bientôt 7 heures, nous atteignons enfin le camp de base du Machapuchare. Epuisé, mais remis de mes émotions, je prends le temps de contempler. La gorge et les versants adjacents, recouverts de neige, sont fascinants. Au loin, l’Annapurna I fait même son apparition.

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Nous établissons nos quartiers dans un lodge quasiment désert. La vue depuis la salle commune me ferait presqu’oublier d’avaler mon repas. Je suis aux anges, après une journée intense, mais l’esprit déjà tourné vers l’ascension nocturne du lendemain, je ne tarde pas à me glisser dans mon sac de couchage.

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De Sinuwa (2340m) à Machapuchare Base Camp (3700m). Temps de marche : 7h. Dénivelé : +1360m

Jour 6

En ce 6ème jour de mon aventure Himalayenne, le lever est plus que difficile. L’effort et la tension de la veille , une montée (trop) rapide en altitude, les -10°C régnant dans ma « chambre », ont rendu ma nuit aussi blanche que la neige recouvrant le massif montagneux.

Au dehors, le ciel nocturne est constellé d’étoiles et dans les lodges, les 1ères lampes frontales s’allument. Il est à peine 4H30 et nous nous mettons en route pour le court trajet devant nous mener au Camp de Base de l’Annapurna.

La progression est lente, mais sans réelle difficulté. Fidèle à ma religion, je n’ai pas regardé une seule image sur internet avant mon départ et n’ai donc aucune idée de ce que je vais « découvrir ». Au loin, le sommet immaculé de l’Annapurna I, que la lune se plaît à éclairer, nous sert de phare.

Paresseusement, le jour commence à se lever, révélant peu à peu un décor dont mon cœur marcheur, dans ses attentes les plus folles, n’aurait su espérer. La fatigue décuple mon émotion et j’ai du mal à retenir mes yeux embués devant le spectacle qui s’offre à moi.

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Bientôt, nous atteignons notre but et l’ensemble des acteurs entrent en scène : Tharpu Chuli (5663m), Hiunchuli (6441m), Singu Chuli (6501m), et bien sûr le maître incontesté des lieux, Annapurna I (8091m). En contrebas du point d’observation, le bassin glacier ou Sanctuaire de l’Annapurna, est absolument gigantesque.

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Après une heure d’émerveillement, il est déjà temps d’amorcer notre descente. Face à nous, le Machapuchare affiche fièrement son double sommet et à ses pieds, l’ensemble de bâtiments quitté au réveil paraît ridiculement fragile.

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Le sol gelé me vaut une bonne dizaine de chutes avant de regagner le camp de base. Nous y prenons un rapide déjeuner avant de ficeler nos sacs et de repartir vers la gorge. Le risque d’avalanche est beaucoup moins prégnant mais il ne s’agit pas de traîner en route.

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La topographie nous est cette fois favorable et il ne nous faut pas plus d’une heure pour rejoindre Deurali. La froideur glacée de la veille a laissé place à un grand soleil et j’ai comme l’impression de découvrir les lieux pour la 1ère fois.

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De Deurali, nous gagnons rapidement Himalya, pour un paisible déjeuner, avant de continuer notre descente. Sur le chemin, je n’ai de cesse de regarder en arrière, comme pour mieux fixer dans ma mémoire l’image des hauteurs que je viens de quitter.

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Alors que nous atteignons le village de Bamboo, où nous établirons nos quartiers pour la nuit, je lève les yeux une dernière fois. La brume a désormais totalement rempli la vallée et il m’est presque impossible de jurer en cet instant que ces 2 derniers jours, incroyables, n’étaient pas un simple rêve.

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De Machapuchare Base Camp (3700m) à Annapurna Base Camp (4130m). Temps de marche : 1h30. Dénivelé : +430m

De Annapurna Base Camp (4130m) à Bamboo (2310m). Temps de marche : 4h00. Dénivelé : -1820m

2 réflexions sur “Vers le camp de base de l’Annapurna (épisode 2/3)

  1. christine le parc dit :

    Bonjour Fabien Je te suis toujours et encore…depuis ton premier trip C’est Lydie, une de tes collègues, qui m’avait gentiment fait découvrir tes aventures sur cette planète. Je voyage aussi pas mal…Et des endroits comme Poon Hill (j’ai eu la chance d’avoir le soleil)…me redonnent des frissons en te lisant…car tu écris toujours aussi bien :’) Merci à toi mille fois pour tes lectures que je dévore Fais attention à toi…profites toujours et encore…tu voyages comme j’aime, un chic type quoi:-))) Amitiés Christine qui de son bureau à Issy te jalouse grave !

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    • Fabien dit :

      Merci Christine ! Oui oui, je me souviens de toi :) Merci pour ton commentaire, ça fait vraiment, vraiment plaisir ! Bises voyageuses !

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