Vers le camp de base de l’Annapurna (épisode 3/3)

Du 10/11/2018 au 19/11/2018

Jour 7

Le réveil est nettement plus difficile à l’orée de cette nouvelle matinée : mon petit corps, tout en tension(s) depuis 48h, semble bien décidé à poser une RTT pédestre, ce que Bishnu, dont les incitations à prendre la route se font de plus en plus pressantes, ne semble pas du tout enclin à lui concéder.

Je fais donc mes adieux à mon colocataire d’un soir, un truculent backpacker anglais de 76 ans dont l’une des confidences décalées – sur un pot de chambre qu’il n’aurait pas hésité à utiliser, si ce n’était la présence d’une demoiselle dans notre dortoir, pour éviter d’avoir à braver le froid extérieur et soulager sa vessie – m’aura valu mon plus gros fou rire de ce trek.

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J’effectue cette 1ère heure de marche jusqu’au village de Sinuwa en mode attentif. Comme prévu, les muscles et les tendons tiraillent fort et ma seule véritable préoccupation est d’éviter toute cascade à la Pierre Richard. Traverser sain et sauf des zones d’avalanche et se blesser en ratant une marche, ça serait quand même ballot.

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Notre descente se poursuit sous un soleil radieux : ses rayons donnent aux collines environnantes des allures quasi mystiques et finissent de me réveiller complètement. Les terrasses de cultures verdoyantes s’étalent à perte de vue tandis que derrière nous, le Machapuchare, tel un artiste lancé dans une série de rappels sans fin, ne semble pas vouloir rapetisser.

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Après une montée éprouvante, nous atteignons le village de Chomrong où nous stoppons pour une pause déjeuner salvatrice. Je complète le séchage des 4 paires de chaussettes sacrifiées dans la montée enneigée vers le camp de base de l’Annapurna tout en observant avec amusement les convois muletiers se succéder.

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Notre dernière heure d’effort prend la forme d’une longue descente vers le village de Jhinu Danda. Délestés de nos sacs, nous effectuons une excursion rapide aux sources d’eau chaude situées en contrebas, avant de remonter prendre nos quartiers pour la nuit. Depuis la terrasse du lodge, j’ai une vue imprenable sur l’immense pont suspendu dont la traversée devrait constituer une excitante mise en bouche pour notre journée du lendemain.

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De Bamboo (2310m) à Jhinu Danda (1750m). Temps de marche : 4h00. Dénivelé : -560m

Jour 8

Après une excellente nuit de sommeil (j’avoue, non sans honte, que j’ai eu le droit à une chambre privative. De la joie de profiter d’une guesthouse déserte), nous prenons la direction du « New Bridge » entre-aperçu la veille. Long de 350m, l’impressionnant ouvrage trône avec grâce entre les 2 versants de la vallée et offre un expérience « frisson » quelque peu inattendue.

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Adieux faits à mes nouvelles idoles himalayennes, nous entamons la traversée d’une forêt de bambous avant de repasser à découvert et de suivre un bout de piste. Bientôt, la rivière Modi Khola nous guide jusqu’au village de Saulibazar, notre terminus du jour. La température est nettement plus douce, l’air plus humide et le décor, quasi tropical !

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J’avale mon dernier Dahl-Baht nomade et passe une après-midi contemplative à observer les scènes rurales qui se déroulent sous mes yeux. En soirée, je retrouve un charmant couple québécois, ce qui me donne, une fois n’est pas coutume, l’occasion de converser avec d’autres voyageurs dans la langue de Molière.

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De Jhinu Danda (1750m) à Saulibazar (1220m). Temps de marche : 4h00. Dénivelé : -530m

Jour 9

La réapparition des 4×4 sonne comme un rappel de la fin proche de mon aventure et malgré la fatigue accumulée, j’ai un peu de mal à me faire à l’idée. Tel un lecteur passionné qui ne saurait se résoudre à parcourir les dernières pages d’un long roman, une forme de nostalgie préemptive m’envahit à la perspective d’en terminer.

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Bishnu, qui a du sentir mon état d’esprit du jour, se contente de marcher silencieusement plusieurs mètres devant moi, s’arrêtant de ci de là pour m’attendre et me guider à travers les villages de Birethanti et de Nayapool, notre point de départ quitté 9 jours plus tôt.

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Alors que nous attendons la voiture qui doit nous ramener vers Pokhara, j’observe les groupes de trekkeurs qui s’apprêtent à entamer leur ascension. Aux visages crispés de ceux qui se rassurent comme ils peuvent en resserrant les sangles de leurs sacs, répondent des visages plus détendus, voire rieurs, sans appréhension apparente à l’idée des journées à venir.

J’y retrouve là comme un échantillon des émotions qui m’auront traversé tout au long de ce trek : frustration, peur, joie, émerveillement, fatigue, satisfaction, il est difficile de générer une palette aussi étendue sur une période aussi courte. A la clef, le sentiment d’avoir vécu une expérience privilégiée, et une certitude, qu’un large sourire vient déjà accompagner.

Celle de revenir un jour user d’autres chaussures sur les pentes Himalayennes.

De Saulibazar (1220m) à Nayapool (1070m). Temps de marche : 2h00. Dénivelé : -150m

4 réflexions sur “Vers le camp de base de l’Annapurna (épisode 3/3)

  1. Dominique Lionnet dit :

    Nous sommes très fiers de toi, fiston! … au- delà de quelques angoisses parentales bien justifiées!
    Pôpa et Mum

    • Fabien dit :

      Quitte à perdre ma crédibilité de routard velu indépendant, je valide ce commentaire. Des bisous mes p’tits parents d’amour :)

  2. tandinet aissatou Dieng dit :

    C’est top de te voir aussi en forme. Profite bien, tes blagues pourries nous manquent par ici :)
    Bises
    Aissatou

    • Fabien dit :

      Hé hé merci très chère ! Je savais pertinemment que tu étais dans le déni quant à mon sens de l’humour :). J’espère que tout roule à Redmount ! Des becitos

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